mardi 2 décembre 2008

la numéro un

Les commentateurs sportifs francophones sont connus pour leurs multiples entorses à la langue française. Parfois, ils vont jusqu'à en déchirer les ligaments, comme dans l'expression "la numéro un mondiale" (sic).

Créée en France pour la joueuse de tennis Amélie Moresmo, cette expression fautive est maintenant appliquée sans relâche à toute championne du monde. Elle se décline à des échelons inférieurs ["la numéro un française", "la numéro un de notre club"] et dans d'autres secteurs que le sport [telle entreprise est "la numéro un mondiale"].

Cette coutume nouvelle viole une règle élémentaire de notre langue : un mot féminin doit avoir un article féminin [la femme et non le femme], un mot masculin exige un article masculin. Sans exception aucune.

Numéro
étant un mot masculin, nulle ne saurait être "une numéro" (sic). Pas même "une numéro mondial". Moins encore "une numéro mondiale"... puisqu'une seconde règle est ici violée : l'obligation d'accorder le substantif [un numéro] et son qualificatif [mondiale] !

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent que cette faute échappe à la vigilance des rédacteurs en chef des grands supports de presse. À tel point que Le Monde 2 [26.01.2008, pp 34 et 35] ait pu imprimer ceci, en gros caractères : "Claire Leroy, barreuse cérébrale (détrône) la numéro un mondiale". Si la championne est cérébrale, la correctrice, elle, est distraite...

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

mardi 11 novembre 2008

les publics et les personnels

La langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains.
En France, plus un musée ne reçoit le public. Tous reçoivent désormais les publics. Cette habitude de morceler en un pluriel superflu un terme désignant un groupe composite est récente dans le secteur du tourisme et de la culture, mais déjà ancienne dans le vocabulaire de l'entreprise. C'est peu après mai 1968 que les Directeurs du personnel se sont trouvés confrontés aux revendications des personnels. Sans doute parce que ce n'étaient pas les mêmes délégués du personnel qui défendaient les intérêts des cadres et ceux des ouvriers, des fraiseurs et des comptables, etc.
Dans le cas de la culture et du tourisme, la justification avancée par les promoteurs de cette mode de l'accueil des publics est la suivante : les handicapés (pardon : "les personnes en situation de handicap") ne sont pas le même public que les valides ; et les enfants (pardon "les scolaires") sont un autre public que les adolescents, les bébés ou les adultes, eux-mêmes dignes d'être subdivisés en séniors, actifs, chômeurs, journalistes, enseignants, touristes, chercheurs, membres de comités d'entreprise, militaires, fonctionnaires civils. Et parmi les fonctionnaires civils, n'oublions pas de distinguer le public purement composé d'employés territoriaux et le public regroupant exclusivement des membres de la fonction publique d'État... Comme si toutes ces composantes n'étaient pas unifiées par un même statut : celui de visiteur actuel ou potentiel. Celui de membres du public, dans toute son inéluctable diversité.

"Les publics", "les personnels" : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [MLF]

mercredi 5 novembre 2008

châteaux de cartes

Bryan Berg est un bâtisseur professionnel de châteaux de cartes. Il en fait spectacle et, selon la règle de ce passe-temps, n'utilise pour cela que de véritables cartes à jouer, sans colle ni attaches. À force d'habileté, de patience et d'absence de courants d'air, il est parvenu à établir un record du monde dans cette activité, avec un gratte-ciel haut de 7,81 m, bâti en 44 jours au moyen de 255 kilos de cartes à jouer. En anglais, Il existe un mot pour définir celui qui s'adonne à la construction de châteaux de cartes ; c'est un cardstacker. Littéralement, un empileur de cartes. La notion n'est pas absente de notre culture, mais le français n'a pas de mot pour désigner ces "empileurs". Reste à en choisir ou en forger un.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

lundi 20 octobre 2008

pornographie pédophile

Le français et le hongrois présentent une grande différence de structure : le hongrois est une langue agglutinante, pas le français. Le français n'exprime pas les idées en agglutinant plusieurs mots en un seul. Ou, du moins, le français ne devrait pas... Quand le hongrois forge un mot dont la traduction littérale donnerait "époqueenfantdansmon", le français dit "dans mon enfance", en trois mots distincts.

Cette différence de structure est perdue de vue par des rédacteurs francophones qui ne craignent pas de forger le mot pédopornographie. Et vont même jusqu'à la lutte anticyberpédopornographique (lutte contre la pornogrpahie pédophile sur Internet). La Mission linguistique francophone leur rappelle que le français fonctionne par précision du sens des substantifs à l'aide d'adjectifs. Il convient donc de ne pas agglutiner les mots en un seul mais d'écrire et de dire très simplement "pornographie pédophile" ou "pornographie infantile", et non pédopornographie.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

mercredi 24 septembre 2008

on renseigne un touriste égaré mais on ne renseigne pas un formulaire

On lit de plus en plus souvent cette injonction : "Renseignez le questionnaire". Dans la langue dénaturée que pratiquent certaines administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).
On lit aussi, de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on indique son nom, on ne le "renseigne" pas. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Et non le questionnaire ni la case.

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

[Cette publication est la réédition d'un article déjà paru sous la plume de Miss MLF début 2008.]
CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [MLF]

jeudi 4 septembre 2008

patients, parents et clients


Depuis trois ou quatre ans, le substantif clientèle connaît une vogue écrasante dans la langue commerciale. Au point d'être utilisé comme adjectif. Ce qu'il n'est pas. Ainsi les responsables commerciaux tendent-ils à se présenter massivement comme "responsable clientèle".

La Mission linguistique francophone avait pronostiqué que cette vogue aurait des répercussions dans des domaines voisins. C'est chose faite. Le suivisme a bien été au rendez-vous dans le domaine des affaires médicales et hospitalières. Sur le modèle de clientèle, le mot patientèle y a été forgé.

Des médecins négocient depuis peu la cession de leur cabinet et de sa patientèle. Les imitant, l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris, centre national d'ophtalmologie, s'est fièrement doté d'une Direction de la patientèle. Et ce, sans attendre le feu vert de l'Académie française, comme si les hôpitaux de l'Assistance publique étaient libérés de l'obligation légale de communiquer en langue française.

De fait, le néologisme patientèle ne présente aucun danger pour la santé de la langue française, aussi longtemps qu'il ne sera pas utilisé comme adjectif ni construit par parataxe [c'est-à-dire par suppression des mots de liaison syntaxique], à l'instar de clientèle, maltraité par les professionnels du commerce et du marketing ["avantages clientèle" au lieu de avantages pour la clientèle ou avantage commercial ; ou plus simplement ristourne, rabais, remise, etc]. Des tournures comme "responsable patientèle" [1] ou "avantage patientèle" ou "parking patientèle" [2] devront donc être bannies. À cette condition, les francophones peuvent saluer la naissance d'un mot nouveau qui s'inscrit dans la lignée des substantifs parentèle et clientèle.

Mais l'emploi du pluriel patients reste fortement conseillé par préférence à patientèle, empreint de préciosité et de pédanterie sectorielle.

[1] Les intitulés corrects sont ici "responsable des relations avec les patients" ou "responsable de la patientèle".
[2] L'inscription correcte est ici "parking réservé aux patients" ou "stationnement des patients" ; ou s'il faut être plus concis "patients", tout court, bien entendu, éventuellement accompagné du P blanc sur fond bleu marine, symbole international des emplacements de stationnement.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

d'est en ouest

Pour en finir avec les fautes de prononciation consistant à faire entendre des " -e- " qui n'existent pas, le plus simple est sans doute... de les faire exister.

Chacun a pu remarquer que les orateurs professionnels francophones parvenaient sans peine à prononcer le duo de consonnes "-st-" [statistique], mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de prononcer correctement le trio de consonnes "-stn-" [postnatal], "-stf-" [Ouest-France] et surtout "-std-" sans interposer une voyelle E qui n'existe pas. C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant.

Il est vrai qu'articuler le phonème "-std-" n'est pas naturel aux francophones, tandis que les anglophones y arrivent sans peine et sans marquer de pause : "he's the best director". Ce n'est donc pas une acrobatie héroïque pour la bouche humaine. Si les francophones ont beaucoup de mal à prononcer "zeste de citron", "geste de dépit", "reste du temps" sans faire entendre le E muet de reste, il n'y a pas là de faute car ce E existe bien, même s'il est muet le plus clair du temps ["plus un geste, reste à ta place, crache ce zeste"]. Tandis qu'il est fautif de prononcer des voyelles qui n'existent pas dans les mots [un ours-e blanc, mon ex-e-femme, les fast-e-food]. C'est pourquoi le seul moyen de prononcer correctement À l'est d'Eden est de marquer, si besoin est, une très courte pause entre est et d'Eden.

Mais la grande majorité des orateurs passent à côté de cette solution, et se livrent à la prononciation d'une faute d'orthographe : "l'oueste du pays".

Devant ce constat, vieux de plusieurs décennies, et devant l'incapacité des grands médias parlés à obtenir de leurs professionnels de la parole qu'ils cessent de commettre cette entorse à la phonétique, appelée savamment paragoge, la Mission linguistique francophone propose avec pragmatisme - et un zeste de dérision - une modification orthographique qui résoudrait le problème : accepter désormais les orthographes oueste et este. La prononciation " ouest-e " et " est-e " devant un D serait ainsi officialisée et licite. À la différence de son actuel statut officieux, elle cesserait d'être incohérente avec la graphie.

Cette évolution orthographique n'aurait rien de choquant ni d'absurde, puisque les mots ouest et est nous viennent de l'anglais west et east. Ils ont donc déjà subi une adaptation orthographique à l'élocution française et peuvent en subir une autre sans dommage. La question n'est même pas de savoir si l'erreur des professionnels de la parole peut ainsi légitimement peser sur l'évolution de la langue : elle pèse effectivement, et de tout son poids. Autant prendre ici acte de la trop grande difficulté de prononcer STD, plutôt que de se battre contre les moulins à vents - vent d'est ou d'ouest.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

lundi 1 septembre 2008

une médaille olympique n'est pas une breloque

La grande fête olympique a rimé, une fois encore, avec grande dé-fête linguistique.

Les commentateurs sportifs les plus en vue se sont surpassés dans le dérèglement lexical, syntaxique et phonétique. Ainsi a-t-on pu entendre dire qu'un lutteur avait "bien paradé l'attaque" (sic) de son adversaire (comprenez : "bien paré l'attaque"), et qu'un judoka avait fait preuve de beaucoup de tact (sic) pour arriver en demi-finale (comprenez : beaucoup de sens tactique). Mais cela ne serait rien sans l'avalanche de termes argotiques que les journalistes sportifs ne perçoivent plus comme tels : les pattes, la tronche, le mec, etc. Summum de cette perte de repères lexicaux et d'incapacité à ajuster le niveau de langue du commentaire sportif : les médailles, si noblement méritées, sont désormais qualifiées de breloques. Le comble de l'honneur rabaissé au comble de la trivialité... Et comme cela ne suffit toujours pas, il faut bien sûr s'emmêler délibérément les pinceaux dans les préfixes : en français, on décroche la place de premier ou la médaille qui va avec ; mais en langue de commentateur sportif, depuis peu, on accroche la place de premier ou la médaille qui va avec...

"Il faut que la langue évolue", entend-on dire. Certes. C'est sans doute pourquoi l'adjectif Olympique se prononce désormais Ôlympique chez les journalistes de la génération montante. Géniale évolution, en vérité, qui fait entendre un Ô au lieu d'un O, un oméga au lieu d'un omicron, au mépris de l'origine notoirement hellénique de ce mot. Car en grec, Olympe s'écrit avec un omicron (son ouvert comme dans coq) et non un oméga (son fermé comme dans gros). La prononciation fermée du O ouvert de Olympique est donc strictement illégitime, en grec comme en français.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

mercredi 27 août 2008

dédication

En anglais, dedication, c'est le fait de se consacrer pleinement à quelque chose. Ce qui pourrait se traduire en français soit par dévouement soit par implication, selon la nature et le cadre de ce plein investissement de soi.
Depuis la fin des années 1990, de mauvaises traductions de cette notion anglophone de dedication nous ont donné, dans le français négligent des médias et des affaires, une myriade de personnes et de choses "dédiées" à quelque chose ou quelqu'un, alors qu'elles se sont en réalité destinées, consacrées, vouées, dévolues, impliquées, réservées ou spécialisées. Mais nullement "dédiées", comme un poème est dédié à l'être aimé.

Depuis 2010, l'invasion de ce faux ami s'intensifie. Au point que la locution dédié à (dans son sens inexact) soit en train de supplanter les prépositions de et pour. Ainsi apprend-on la création d'un "groupe dédié à la réflexion sur la ville" (sic), au lieu d'un groupe de réflexion sur la ville. Et quand - dans une langue surchargée de mauvaises traductions de l'anglais - un critique cinématographique vous parle d'un film dédié aux enfants, vous devez désormais comprendre qu'il s'agit d'un film pour enfants, un film destiné aux enfants, voire réservé aux enfants. Mais non d'un film à la gloire des petits.

La Mission linguistique francophone œuvre à rectifier cette tendance irréfléchie. Mais la tendance est puissante et le suivisme rude...

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

samedi 9 août 2008

viser plutôt que cibler

Sous les coups redoublés de la mode, qui entraîne volontiers les esprits vers le bas, et de la négligence, qui parachève ce nivellement, la langue française voit disparaître actuellement des mots que l'on croyait impérissables - et qui méritaient de ne pas périr.

Ces mots-là ne sont ni tarabiscotés ni désuets. On peine à croire qu'ils meurent sous nos yeux.

Cette extinction touche toutes les catégories de mots : verbes, substantifs, prépositions, adverbes, conjonctions...

La Mission linguistique francophone s'alarme en premier lieu de la disparition presque entièrement consommée de l'avenir, à la place duquel les professionnels francophones de la parole et de l'écrit optent désormais plus de neuf fois sur dix pour l'anglicisme "le futur" (en anglais, l'avenir se dit "the future").

Ainsi, l'avenir qui règnait sur les projets des peuples de langue française est destitué. Le futur s'est emparé des discours ambiants. On n'entend plus dire "à l'avenir, préviens moi avant de vider le congélateur" mais "dans le futur, etc". Cette déperdition est à mettre au passif des mauvaises traductions de presse et de séries télévisées anglophones. Ces traductions sont mal faites, certes, mais aussi mal supervisées par toute une filière de professionnels [relecteur de métier, correcteur, producteur, diffuseur, rédacteur en chef, ingénieur du son, journaliste, récitant, assistants, stagiaires] tous incapables de distinguer un gallicisme d'un anglicisme.

Souvent, toutefois, l'anglais n'y est pour rien. C'est simplement la précision instinctive du mot qui s'effrite en une poussière d'à-peu-près.

Dans le cas de la disparition du verbe "viser", par exemple, l'anglais ne semble avoir pris aucune part. En français, jusqu'à présent, on visait une cible, on visait un objectif que l'on se fixait d'atteindre. Aujourd'hui, on ne vise plus. C'est trop d'effort. On cible. On cible une cible. Il faut bien se simplifier la tâche en toute circonstance, n'est-ce pas ?


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

mardi 22 juillet 2008

éventails et ventilateurs

Dans un roman de Cormac McCarthy (La route, Prix Pulitzer 2007), le héros explique à son fils comment fonctionne un barrage hydraulique. Dans la version française de ce roman, pourtant finement traduit, une surprise de taille attend ici le lecteur : "Les turbines sont de grands éventails".
Le faux sens est manifeste, et aurait pu être évité par le bon sens... En effet, éventail se dit en anglais fan. Mais l'anglais fan (à ne pas confondre ici avec l'admirateur fanatique) signifie aussi ventilateur. À première vue, une turbine hydraulique ne ressemble ni à un admirateur ni à un éventail. Mais bien à un ventilateur.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

samedi 5 juillet 2008

tribologie et tribade


Nom, peu connu, d'une discipline jeune (un tiers de siècle), la tribologie se définit comme la science des frottements. Le terme est actuellement employé en mécanique - tribologie du freinage ferroviaire, par exemple - et en médecine - tribologie rhumatologique.

Tribologie a été formé à partir du verbe grec qui signifie frotter ou se frotter. Ce verbe tribein a aussi donné tribade, un mot tombé en désuétude synonyme de lesbienne.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

samedi 28 juin 2008

susceptible et vexatile

Une personne qui se vexe facilement est une personne susceptible. Mais, comme le mot vexer ne présente aucune similitude d'aspect avec le mot susceptible, certains locuteurs francophones ne font pas le lien entre les deux termes et disent d'une telle personne qu'elle est "vexable".

Plutôt que cette fabrication maladroite, la Mission linguistique francophone leur propose l'adoption du néologisme vexatile : "Robert est trop vexatile, ça devient saoulant". Ce mot est formé sur le modèle de versatile (qui change facilement d'humeur, d'opinion, d'état), docile (qui se montre doux devant l'autorité), ductile (qui possède la propriété de s'étirer), gracile (qui possède une grâce fragile), etc.

La surabondance actuelle et passée d'adjectifs formés au moyen du suffixe -able ne doit pas faire oublier que la langue française est riche d'autres désinences. Ici, la similitude entre fragile, versatile et vexatile plaide en faveur du préfixe -ile, ajouté au radical de vexation. En effet, une personne qui se vexe facilement est fragile et devient sujette à des sautes d'humeur qui ne sont pas très différents des sautes d'humeur de la personne versatile.

L'adjectif vexatile rejoindra les facile, difficile, docile, indocile ; ce qui est un choix plus subtil que les innombrables adjectifs en -able dont la langue française se surcharge.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

vendredi 13 juin 2008

phonétique des peuples

Des peuples nouveaux apparaissent dans la presse parlée : lé Néerlandé, lé Zirlandé, lé Zanglé, lé Francé, lé Portugué et aussi lé Japoné et lé Pôlôné.

Il semble que ces nouveaux venus soient les descendants du garçonnet qui, dans une publicité des années 1990, demandait à son père : " Papa, c'é quoi cette bouteille de lé ? " Son père aurait pu lui répondre : "On dit DU LAIT, mon bonhomme, pas DU LÉ". Mais il n'en a rien fait. Et une demie génération plus tard, les jeunes journalistes allaités à cette culture publicitaire voient partout dé Camerouné et dé Zécossé. Ça promé...

jeudi 5 juin 2008

jouer contre

La Mission linguistique francophone relève une désaffection des professionnels du commentaire sportif pour la préposition contre.

Ce phénomène de mode est d'autant plus surprenant que le sport de spectacle est essentiellement constitué d'affrontement. Affrontements de sportifs s'activant l'un contre l'autre ou contre leurs propres limites.

"La France va jouer l'Italie" [ Le Figaro du 29 janvier 2008]. Cette information est trompeuse. Elle est même faussée par la suppression du mot contre. Car la France ne va pas jouer l'Italie (c'est-à-dire faire semblant d'être l'Italie, se prendre pour l'Italie). La France - incarnée par son équipe de football - va jouer contre l'Italie. Et tout faire pour ne pas ressembler à l'Italie !

Ce genre d'approximation syntaxique marque les limites de la liberté de maltraiter la langue, liberté si souvent revendiquée par ceux qui sont simplement inaptes à la traiter avec soin, bien que telle soit leur profession.

[Le verbe jouer possède la faculté de changer largement de sens selon sa construction dans la phrase : jouer quelque chose, jouer à quelque chose, jouer de quelque chose, jouer avec quelque chose, jouer avec quelqu'un, jouer contre, se jouer de, sont autant d'actions différentes. Il n'est pas superflu de préciser sa pensée.]

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mardi 3 juin 2008

et autres quoi ?

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé "Adidas et autres Coca-cola misent gros" semble ainsi affirmer qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille.

Cet usage impropre de la locution "et autres" tend à se répandre en France. Ainsi entend-on dire : "tigres, panthères et autres lions". Or, ni les tigres ni les panthères n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" que les tigres et les panthères !

La formule "et autres" doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : "tigres, panthères et autres fauves" ou "tigres, panthères et autres félins". À la rigueur, on peut aussi placer "et autres" en extrême fin d'énumération, sans préciser la catégorie : "tigres, panthères, lions et autres".

Mais dire "il portait tout un arsenal : fusils, pistolets, grenades et autres sabres" est aussi absurde que de dire "j'ai emmené en vacances femme, enfants et autres chats" - à moins d'être un papa gato [ chat en espagnol ], bien sûr.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

pour en finir avec l'ouest-e du pays


Pour en finir avec les fautes de prononciation journalistiques consistant à faire négligemment entendre des " -e- " qui n'existent pas à la fin de nos points cardinaux, le plus simple est sans doute... de les faire exister.

Chacun a pu remarquer que les professionnels de l'audiovisuel parvenaient sans peine à prononcer la succession de consonnes ST (style), mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de prononcer correctement ce phonème ST suivi du phonème D, sans interposer le phonème E. C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant.

Il est vrai qu'il est très difficile aux francophones d'articuler la triple consonne STD. Les anglophones y arrivent sans peine et sans marquer de pause : "he's the best director". Les Français ont beaucoup plus de mal à prononcer " le reste du temps " sans faire entendre le E muet de reste. C'est pourquoi, si besoin est, le seul moyen de prononcer correctement ouest du pays, est de marquer une courte pause entre ouest et du.

Mais la grande majorité des orateurs professionnels passent à côté de cette solution (la seule correcte dans ce cas), et se livrent à la prononciation d'une faute d'orthographe : "l'oueste du continent" (sic).

Devant ce constat, vieux de plusieurs décennies, la Mission linguistique francophone envisage de proposer une modification orthographique qui résoudrait le problème : écrire désormais oueste et este. La prononciation isolée serait inchangée. Mais la prononciation " ouest-e " et " est-e " devant D serait ainsi officialisée et licite. À la différence de son actuel statut officieux, elle cesserait d'être incohérente avec la graphie.

Cette évolution orthographique n'aurait rien de choquant ni d'absurde, puisque les mots ouest et est nous viennent de l'anglais west et east. Ils ont donc déjà subi une adaptation orthographique à l'élocution française et peuvent en subir une autre sans dommage. La question n'est même pas de savoir si l'erreur des professionnels de la parole peut ainsi légitimement peser sur l'évolution de la langue : elle pèse effectivement, et de tout son poids. Autant prendre ici acte de la trop grande difficulté de prononcer STD, plutôt que de se battre contre les moulins à vents - vent d'est ou d'ouest.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

lundi 2 juin 2008

serrez à gauche, restez à droite

Les systèmes de guidage satellitaires embarqués dans nos véhicules, connus sous le sigle GPS, nous parlent bien mal. Une fois encore, la faute en revient à des industriels qui tiennent pour négligeable le travail de traduction, et laissent ce soin à leurs ingénieurs, à leurs commerciaux, à leurs juristes, à n'importe qui sauf à des traducteurs de métier. A moins qu'ils aient recours à de piètres traducteurs de métier.

Quoi qu'il en soit, les GPS parlants sont en train d'instiller un virus nouveau dans la langue française : la traduction mot à mot de l'anglais "keep right, keep left" par "gardez la droite, gardez la gauche" (sic).

Or, en français normal, en français non robotisé ni lobotomisé, "keep left" se dit "serrez à gauche", ou "restez à gauche", ou encore "roulez à gauche". Mais jamais "gardez la gauche"...
Jamais ? La Mission linguistique francophone prévoit au contraire que cet anglicisme va faire tache d'huile et que bientôt s'exprimer autrement qu'un GPS d'importation semblera étrange et suranné. Vous direz au conducteur "reste sur la file de gauche", et l'on vous trouvera bizarre.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

jeudi 29 mai 2008

de l'enfance à l'enfonce

Après l'éviction du son " -ê- " en fin de mots, remplacé par le son " -é- " (sifflet devenant sifflé), et la perte de distinction entre le " -o- " ouvert (o de bol) et " -Ô- " fermé (o de beau), le style oratoire médiatique de France nous apporte maintenant la mutation du son " -en- " en son " -on- ". Dans la bouche de Fabienne Sintes (Radio France), par exemple, enfance devient on fonce ; pente devient ponte ; l'attente devient la tonte, etc.

Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que la prononciation de la nasale " -on- " demande un tout petit peu moins de travail musculaire que la prononciation de la nasale
" -en- ". L'économie d'effort est certes négligeable, mais elle suffit au mieux-être des orateurs négligents...

Dans le cadre du Mois de la phonétique, la Mission linguistique francophone met des répétiteurs et orthophonistes bénévoles à la disposition des animateurs, présentateurs et journalistes des médias audiovisuels francophones, pour les aider à endiguer cette tendance nuisible à la compréhension du français parlé, et donc à la vitalité de notre langue.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

mercredi 28 mai 2008

tueur sériel

Souvent, le français souffre de traductions de l'anglais trop analogiques. Ainsi l'anglais crime scene traduit par scène de crime, alors que le français a toujours parlé de lieux du crime. Ou bien l'anglais the future traduit par le futur alors qu'il s'agit de l'avenir.

Dans le cas de serial killer, c'est bizarrement le contraire qui s'est produit. En France, sinon dans tous les pays francophones, l'habitude a été prise de traduire cette désignation par tueur en série, alors que l'adjectif sériel existe.

La Mission linguistique francophone recommande l'utilisation du mot sériel pour traduire l'anglais serial, non seulement dans le cas de la musique sérielle mais aussi dans le cas des criminels multirécidivistes considérés comme tueurs sériels.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

dimanche 25 mai 2008

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum, un minimum ou un optimum.

Pourtant, certains lexicographes - dont quelques uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs, au détriment de maximal, minimal et optimal (que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs).

Cette obstination est alimentée par l'anglomanie, puisque maximal se dit en anglais maximum. La Mission linguistique francophone se distingue par son absence d'anglophobie lexicale. Mais elle se distingue surtout par son action en faveur de la clarification et de l'intelligente modernisation des langues - en l'occurrence, le français. Réserver aux mots français minimal, maximal et optimal la fonction adjective, et à minimum, maximum et optimum la fonction substantive, ne contribuerait-il pas à cette clarification ?

lundi 19 mai 2008

juin, mois de la phonétique

La Mission linguistique francophone lance une campagne d'information des dirigeants de chaînes de télévision et stations de radio françaises sur les problèmes de phonétique qui entachent la diction des professionnels de la parole donnés à entendre sur leurs antennes.

Ces fautes de prononciation - puisqu'il faut bien les appeler par leur nom - se répercutent dans le public et altèrent pesamment la langue courante. À l'approche des grandes vacances, il paraît opportun de permettre aux francophones de France ou de passage en France (tels les étudiants étrangers en séjour linguistique), de baigner dans un environnement sonore plus cohérent et plus clair. C'est pourquoi nous menons cette action pendant le mois de juin, déclaré "Mois de la phonétique" chez les professionnels des médias parlés ; à charge pour eux de mettre un point d'honneur à favoriser ensuite l'apprentissage sonore du français durant tout l'été. Et tout le reste des années, si possible...

En 2008, le travers le plus criant est la tendance à la disparition du son Ê, remplacé par le son É [ cliquer sur la voyelle soulignée pour entendre sa prononciation correcte]. Cette substitution affecte les fins de mots (elle voulez au lieu de elle voulait) et les mots monosyllabiques (dé l'aube au lieu de dès l'aube, sécant au lieu de c'est quand, cé vré au lieu de c'est vrai) ; c'est ainsi que l'on nous annonce que tel sportif est arrivé dans l'étang au lieu de dans les temps...

Les autres fautes de prononciation sur lesquelles nous attirons particulièrement l'attention des locuteurs professionnels, cette année, sont : la confusion entre les sons O ouvert et Ô fermé, dans les deux sens (rodeur au lieu de rôdeur ; prôchain au lieu de prochain) ; la confusion entre les sons EU fermés (comme dans peu) et les sons ŒU ouverts (comme dans peur), d'où il résulte une négligence dans la distinction entre cela et ceux-là, entre deux mains et demain, etc ; l'oubli de liaisons ordinaires (quand't'il pleut, deux'z'euros, trois cents'z'autres, de vrais'z'enfants, c'est-t'à-dire, etc).

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mercredi 14 mai 2008

les graves accidents graves de la RATP

Dans son Journal atrabilaire, Jean Clair a immortalisé les sévices que les annonces sonores de la RATP font quotidiennement subir à la langue française, directement dans les oreilles des millions d'usagers du métro parisien. Ces fautes sont tellement lourdes qu'elles font grimacer ou sourire certains voyageurs... Mais la plupart d'entre eux prennent au contraire les messages publics de la RATP pour modèles, supposant - bien à tort - que la direction de la communication de cette entreprise de service public met un point d'honneur à les formuler dans un français impeccable.

On remarque que la RATP aime les circonlocutions, mais se prend facilement les pieds dans le tapis (roulant ?) de la syntaxe ou du style.

Elle ne dit pas "suicide" ni "tentative de suicide", elle dit "accident grave de voyageur". On peut comprendre son souci de ne pas appeler un suicide par son nom afin de ne pas heurter les âmes sensibles. Mais on peut moins s'accommoder de cette obstination dans le désordre des mots. Car chacun sait ou devrait savoir que dans pareil cas, le complément de nom et le nom qu'il complète ne doivent pas être séparés par un adjectif. Par exemple, si une maison de campagne [nom maison + complément de nom de campagne] est grande [adjectif], on doit placer ce qualificatif devant le nom qu'il qualifie, pour laisser ensuite le nom s'accoler directement à son complément de nom. Ce qui donne une "grande maison de campagne". Et non une "maison grande de campagne". On peut aussi rejeter l'adjectif après le complément de nom : on dira en français "un chef de service compétent" et non "un chef compétent de service".

C'est incontestable. Mais à la RATP, on le conteste puisqu'on préfère dire (et écrire) "un accident grave de voyageur" plutôt que "un grave accident de voyageur". Sans doute les responsables de la communication de cette estimable entreprise disent-ils aussi "une robe petite d'été" et non "une petite robe d'été"... À moins qu'ils s'expriment normalement dans la vraie vie, mais traitent avec négligence la qualité linguistique des messages qu'ils formulent à titre professionnel.

On peut craindre, hélas, que la seconde hypothèse soit la bonne. En atteste le silence de plomb qui - en fait d'annonces sonores - répond aux mises en garde bienveillantes de la Mission linguistique francophone à ce propos.

En atteste aussi la création de cette notion "d'accident de voyageur", qui est intrinsèquement contraire à l'usage francophone. En effet, en français, on qualifie un accident par l'objet ou l'activité qui en est la cause et non par le qualité de la victime ! On évoque un accident de ski ou un accident de voiture, et non un accident de skieur ni un accident d'automobiliste. Et quand un bébé se blesse à la maison, c'est un accident domestique et non un accident de bébé. Mais dans le réseau souterrain de la RATP, quand un voyageur se blesse ce n'est pas un accident de métro, c'est un accident de voyageur. Et toc, bien fait pour lui.

Car cette autre faute de français est moins irréfléchie qu'il n'y paraît. C'est le procédé peu glorieux mis au point par la RATP pour dégager publiquement sa responsabilité dans tout accident survenu à ses voyageurs, candidats au suicide ou non, et dans tout retard ainsi causé aux voyageurs non accidentés.  Il s'agit de disculper le transporteur et d'incriminer explicitement la victime transportée, en sa qualité de fauteur d'accident et non de victime d'un accident. Une formule inélégante dans le fond et dans la forme.

vendredi 2 mai 2008

l'avenir est-il passé (de mode) ?

Le contraire du passé, en français, c'est l'avenir.

Mais une langue vivante est vulnérable par nature. Et certains de ses mots les plus nécessaires peuvent mourir sous les coups de l'ignorance. La Mission linguistique francophone constate qu'une forte majorité de professionnels de la langue ignore désormais l'existence de l'avenir, et notamment du proche avenir, obstinément appelé "le futur proche", sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais [en anglais, l'avenir se dit "the future" ; et "dans un proche avenir" se dit "in the near future"].

Si rien n'est fait pour remédier à cette ignorance galopante, bientôt le mot avenir ne sera qu'un lointain souvenir...

mardi 15 avril 2008

salon mondial du modélisme


Vers 1650, les précieux ridicules brocardés par Molière répugnaient à employer les mots usuels pour dire ce qu'ils avaient à dire. Le cidre devenait "le nectar pétillant du verger neustrien". Et les adjectifs prenaient la place des substantifs : la tendresse devenait le tendre ("j'éprouve un profond tendre pour vous").

Depuis une dizaine d'années, les précieux sont de retour. Ils ne disent plus "par prudence" mais "en vertu du principe de précaution". Ils ne disent plus "les politiciens" mais "les politiques" (adjectif employé à la place de son substantif). De sorte que, dans une formule comme "les politiques d'autrefois", nul ne sait plus s'il s'agit des actions politiques menées dans le passé ou des personnages politiques du temps jadis.

Dans le même esprit, les précieux ne disent pas "le salon du modélisme" mais "le mondial du modélisme". À ne pas confondre avec le mondial de rugby qui n'est pas un salon (international) mais un championnat (du monde).

Ce qui caractérise les précieux, c'est qu'ils ont la simplicité en horreur. Soit ils boursouflent la langue, soit ils l'obscurcissent par des omissions ou des chassés-croisés sémantiques, toujours au détriment de l'intelligibilité. Et de l'intelligence.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

samedi 12 avril 2008

combien de fameux milliards ?

À l'occasion d'une affaire de spéculation banquière, tel journal télévisé s'interroge sur "les fameux cinq milliards" envolés. En français, l'adjectif cardinal ["cinq"] doit toujours être placé avant le qualificatif ["fameux"]. En français, on n'a pas "bonnes dix raisons", on a "dix bonnes raisons" de s'agacer de la négligence linguistique des responsables éditoriaux de l'audiovisuel... Et l'on ne pleure pas la perte de "fameux cinq milliards" mais de "cinq fameux milliards".


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

jeudi 10 avril 2008

rencontres sur l'environnement


Le ministère de tutelle des récentes rencontres sur l'environnement organisées par le gouvernement français a souhaité les intituler "Grenelle environnement". Une appellation ignorante des règles de construction du complément de nom en français (avec la préposition de). Cette faute de syntaxe a été délaissée par les médias qui ont choisi de former correctement le complément de nom et ont rebaptisé ces rencontres "Grenelle de l'environnement".

En dépit de cette rectification grammaticale, l'étymologie de "Grenelle de l'environnement" reste particulièrement déroutante pour les linguistes, mais aussi pour les spécialistes des sciences politiques et de l'histoire contemporaine. En effet, dans la métonymie "accords de Grenelle" (1968), dont cette appellation se réclame, "Grenelle" ne signifie pas "accords" ni "rencontres" mais "ministère (français) du Travail" [dont les locaux sont situés rue de Grenelle, à Paris]. Étymologiquement, "le Grenelle de l'environnement" est donc "le ministère du Travail de l'environnement". Brillante trouvaille énarchique en vérité.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

grenellocompatible

Une publication ministérielle (La lettre du Grenelle environnement) annonce fièrement la naissance d'un néologisme d'une difformité et d'une lourdeur confondantes : grenellocompatible. La Mission linguistique francophone y décèle un dérèglement lexical de grande ampleur et met en garde les francophones sains d'esprit contre l'utilisation de pareils monstres sémantiques : contrairement au hongrois ou au japonais, le français n'est pas une langue agglutinante, dans laquelle les idées composites s'expriment par des radicaux accolés en un mot global.

Le secrétariat d'État français qui promeut déjà l'incohérente appellation "Grenelle environnement" (au sens de accords sur l'environnement) se réjouit de participer à une détérioration volontaire de la langue. Cette situation contradictoire résume la grande désorientation du français en France : quelques institutions (l'Académie française, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France) y œuvrent à l'intelligible et intelligente modernisation de la langue quand d'autres institutions la sapent avec allant.

mercredi 9 avril 2008

les polyglottes s'esclaffent

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme "le nommage". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire le participe anglais "naming".

Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique.

"Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix, Les carnets d’un francophone. Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42).

dimanche 30 mars 2008

France Terme

La Mission linguistique francophone salue la mise en ligne du nouveau site d'aide au maniement du vocabulaire "France Terme".

Créé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture [français], ce site propose des outils (moteur de recherche lexicale, traduction automatique) et des contenus explicatifs facilitant la sélection et la compréhension des termes spécialisés, nouveaux ou non, dans tous les domaines.

mercredi 12 mars 2008

huissiers et huisserie

En vieux français, une porte était un huis. Tout ce qui concerne portes et fenêtres dans une construction s'appelle aujourd'hui encore huisserie.

Ici, la terminologie de l'architecture rejoint celle de la justice et de ses huissiers.

D'où vient ce nom d'huissiers de justice ? Non pas du fait qu'ils frappent à votre porte, avec des intentions parfois sévères - ni qu'ils vous dissuadent de jeter votre argent par les fenêtres - mais du fait que leur fonction première fut de garder l'entrée des tribunaux pour empêcher quiconque d'y écouter aux portes. Les huissiers protégeaient ainsi le secret des délibérations, derrière leurs portes fermées - en vieux français : leurs huis clos.

Cette mission de confiance supposait de tels mérites que, par édit de janvier 1691, le Premier huissier du parlement de Paris était anobli d'office.

Il existe en français d'autres huissiers que les huissiers de justice : les huissiers des finances publiques (autrefois huissiers du Trésor), dont le métier consiste à saisir les biens des contribuables étourdis ; et les huissiers tout court, également surnommés "aboyeurs", dont la fonction est d'annoncer les visiteurs des grands personnages (voir photo).

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

mardi 11 mars 2008

au final (sic)


Le pire, le total, le gré, le départ - mots masculins - ont donné naissance en français à des locutions adverbiales construites avec au (au pire, au total, au gré, au départ). L'heure, la sauvette, la suite, la fin - mots féminins - ont donné naissance à des locutions adverbiales construites avec à ( à l'heure, à la sauvette, à la suite, à la fin).

Plutôt que d'aller chercher dans le grand coffre à jouets de la langue française ce qui s'y trouve déjà, certains bricolent depuis peu des bidules inutiles, comme "au final", oubliant que cela existe déjà au féminin : à la fin. Avec un à et non un au. Parce que la fin est féminine et non masculine.

Après avoir tué l'avenir [devenu le futur], finalement ils vont bien réussir à nous tuer aussi la fin.

PS : Ce qui est curieux, c'est que les amnésiques qui ont injecté cette anomalie dans la langue [le final n'existe pas, il n'existe que la finale ou le finale - avec un E à la fin (!), en souvenir de son origine italienne] se sont contentés de remplacer à la fin par au final, et ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée en remplaçant aussi à la suite par "au suivant", etc. Mais patience, tout arrive.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

lundi 10 mars 2008

lettre ouverte aux sites de recrutement

Constatant un entêtement dans l'erreur qui frappe tous les sites français de recrutement sur Internet quant à l'usage du verbe postuler, une directrice des ressources humaines a adressé le courriel suivant à l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) et nous en a transmis copie. La réponse se fait attendre.

Bonjour.

On ne peut pas "postuler "à" une offre", puisque le verbe "postuler" signifie "demander", et puisqu'il est transitif direct : on postule un emploi, on ne postule pas "à" un emploi. Quant à "postuler une offre d'emploi", ça n'a pas de sens ; ou plutôt un sens absurde : "demander une offre d'emploi" !

En tant que DRH, j'écarte TOUTES les candidatures de Responsables de la communication, Attaché(e)s de presse ou stagiaires en communication qui "postulent à une offre", car cela trahit une trop grande faille dans la maîtrise de notre langue.

Pourquoi l'APEC s'obstine-t-elle à propager une faute de français qui sème le trouble dans l'esprit des candidats aux compétences rédactionnelles vacillantes ?

Ce mystère mérite éclaircissement.

[NDE : Le fait que, depuis très peu de temps, cette faute soit entérinée par certains dictionnaires (en quête de nouveautés douteuses pour "actualiser" leurs éditions successives) déconsidère les lexicographes en question mais ne légitime pas l'emploi de ce verbe dans un sens qu'il n'a jamais eu depuis son invention (XIVe siècle).]


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

dimanche 9 mars 2008

motif utile ou motif futile ?

Certains s'interrogent sur l'utilité de prononcer clairement en français les consonnes redoublées : immobile, immense, immature, immoral, allusion, illogique, etc.

Si un professionnel de la parole dit [i-mobile] ou [i-mense] au lieu de [im-mobile] ou [im-mense], tout le monde le comprendra. De même pour ilogique, imature, alusion, imoral, etc. Au nom de quoi, nombre de locuteurs francophones perdent graduellement l'habitude de redoubler les consonnes, préférant l'économie d'effort articulatoire à la clarté de leur diction.

Cette habitude de paresse s'étend à la prononciation de deux sons consonnes identiques qui se trouvent en contact en fin et en début de mots (baobab brûlé, par exemple). Certes, il est rare de parler de baobab brûlé, de clam magnifique, de lac clinquant, ou de cap pitoyable... Mais quand un comédien prononce "motif utile" au lieu de "motif futile" - parce qu'il estime futile de redoubler le son F - la langue française s'obscurcit.

La Mission linguistique francophone rappelle quotidiennement aux professionnels de la parole l'importance de la phonétique pour l'intelligibilité des messages qu'ils délivrent.

dimanche 17 février 2008

gestatrice pour autrui


L'expression mère porteuse est attachée historiquement à une pratique controversée - et même interdite dans la plupart des pays francophones : une grossesse rétribuée, expressément prévue pour donner naissance à un enfant qui ne sera pas élevé par la femme l'ayant porté en son sein.

La notion de mère porteuse, entachée de suspicion, cède maintenant la place à celle de gestatrice ou gestatrice pour autrui (GPA).

Applicable à des "mères porteuses" qui agiraient dans le respect de la loi et d'une éthique idéaliste, cette terminologie nouvelle va dans le sens de l'action de la Mission linguistique francophone en faveur de la (pro)création de néologismes bien portants et nécessaires. Et pour le renoncement volontaire aux néologismes mal formés et illégitimes (tels que consultance, traçabilité, attractivité, sécurisé, flexiprof, téléthon, fuiter, etc).

mercredi 13 février 2008

attractivité (sic)

Une agence de communication spécialisée dans l'édition d'entreprise a joint la note que voici à l'attention de son typographe : "Ne rien modifier dans ce texte, car il est conforme aux exigences du cahier des charges". Ah bon ? - s'est demandé le typographe, à la lecture du texte en question, intitulé "attractivité financière du parcours de soins" - le cahier des charges exige la présence de barbarismes dans les titres ?

L'emploi en français du faux ami anglais attractive, qui signifie séduisant, attrayant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme "attractivité" [comme dans "attractivité touristique du Morbihan"] dont l'emploi est vivement déconseillé, voire prohibé. On peut s'inquiéter de constater que cette faute de français caractérisée s'épanouit actuellement sans complexes dans le discours technocratique français, y compris celui de certains organismes d'État. Débarrassée de sa difformité, "l'attractivité" (sic) c'est tout simplement l'attrait, la séduction, l'intérêt.

lundi 11 février 2008

raréfaction

Lisant scrupuleusement le texte de son prompteur, la présentatrice du journal de la mi-journée [11.02.2008, 12h] de l'une des chaînes nationales françaises évoque la "rarification" (sic) de certains coquillages.

La raréfaction des sujets d'inquiétude sur la mise à mal de notre langue par ceux qui devraient la faire vivre, elle, n'est pas en vue.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

jeudi 7 février 2008

jeune couple homoparental

"Homoparental" et "homoparentalité" sont des néologismes formés par croisement de grec (homo) et de latin (parent), ce qui n'est pas recommandé en principe : mieux vaut polychrome (tout grec) et multicolore (tout latin) que polycolore et multichrome qui s'emmêlent les pinceaux. Mais là n'est pas le problème.

La Mission linguistique francophone a noté que les néologismes homoparental et homoparentalité étaient employés dans des sens incompatibles avec leur étymologie, donc incohérents avec la langue française.

En effet, homoparental est employé aux sens suivants : constitué de parents homosexuels (couple homoparental) ; sollicité ou accompli par un couple homosexuel (adoption homoparentale). Homoparentalité est employé pour désigner la condition parentale d'un couple homosexuel.

Or, le préfixe grec homo signifie de même nature, identique. Et non homosexuel. Les homonymes ont le même nom (ils n'ont pas un nom homosexuel), les homophones ont la même sonorité (et non une consonance homosexuelle), et ce qui est homogène a la même origine (et non une origine homosexuelle). Des individus homoparentaux ont donc les mêmes parents, et non des parents homosexuels ! Il en découle qu'un "couple homoparental" est un couple dont les deux éléments ont les mêmes parents, autrement dit un couple constitué d'une frère et d'une sœur (ou de deux sœurs ou de deux frères).

Cette tendance à oublier ce que signifie un préfixe, se retrouve dans l'affligeant "téléthon" - qui devrait signifier "thon lointain" puisque le préfixe télé signifie loin et que thon signifie thon. Au lieu de quoi, certains préfixes ou suffixes sont aujourd'hui employés avec un sens emprunté à l'un des mots qu'ils ont servi à former (télévisé, homosexuel, en l'occurrence) et non à leur hellénisme ou latinisme d'origine. Avec de tels raisonnements néologiques, un parachute vous protégerait des chutes de pluie (parapluie + chute).

L'adjectif homoparental, correctement utilisé, pourrait cependant avoir son utilité dans une société où se multiplient les familles recomposées. On pourrait alors préciser s'il s'agit de demi-frères et sœurs, ou d'enfants homoparentaux, c'est-à-dire ayant les mêmes parents.

Quant aux enfants élevés par un couple homosexuel, en attendant un néologisme intelligemment pensé - si besoin est - il suffit de les qualifier d'une courte périphrase. Sauf erreur, des enfants de parents roux sont des enfants de parents roux, et non les enfants d'un "couple coquinoparental" (du grec kokinos : rouge) !


[illustration : Cornelius KETEL, Double portrait de frère et sœur]
POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

samedi 2 février 2008

insécurité de la sécurité

En France, le discours ambiant de la première décennie du vingt et unième siècle est pétri de considérations sur la sécurité.

La Mission linguistique francophone constate qu'il en résulte des dérives lexicales malencontreuses. Si le vif succès du mot "insécurité" n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour emploi fautif des barbarismes "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des professionnels de la langue, et par suite, du public.

Les choses ne sont plus sûres, elles sont sécurisées.
Les biens et les personnes ne sont plus en sécurité, ils sont sécurisés.
Les inquiets ne sont plus rassurés, ils sont sécurisés.
Les faibles ne sont plus protégés, ils sont sécurisés.
Les périmètres dangereux pour notre sécurité ne sont plus interdits ni bouclés, ils sont sécurisés.
Les champs de mines ne sont plus déminés, ils sont sécurisés.
Les falaises, les voûtes, les murets qui menacent de s'écrouler ne sont plus consolidés ni étayés, ils sont sécurisés.
Les villes assiégées ne sont plus envahies ni conquises ni prises ni même défendues, comme elles l'étaient jadis ; les correspondants de guerre nous disent qu'elles sont maintenant "sécurisées" par l'assaillant - ou sécurisées par l'assiégé s'il se défend bien.

Bref, "Sécurisé/sécuriser" peuvent signifier tout et son contraire.

Mais cette vacuité de sens n'est pas leur moindre défaut. La Mission linguistique francophone rappelle que "sécuriser" et "sécurisé" sont des barbarismes dérivés d'une mauvaise traduction du verbe anglais "to secure" [signifiant "assurer", "rassurer", "rendre sûr", "garantir"].

Paradoxe ultime : aussi présent qu'il soit sous divers aspects déformés, le mot sécurité lui-même perd sa vigueur de jour en jour et vit dans la plus grande insécurité, menacé de disparition sous les coups lourds et gauches du barbarisme "sécurisation" (sic) - un synonyme illégitime dont abusent rédacteurs et locuteurs professionnels, tous secteurs confondus - organismes officiels compris.

Conclusion : "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation" sont à proscrire activement. La langue française dispose de tous les mots voulus et n'a nul besoin de ces néologismes parasites au sens vague, à l'origine défectueuse, nuisibles à sa clarté et à sa cohérence.