jeudi 17 avril 2008

internautique : un adjectif pour internet

Le terme anglophone internaut, devenu en français internaute, a été judicieusement formé pour désigner de façon imagée qui navigue dans les méandres d'internet. Ce mot à l'étymologie ingénieuse connaît un succès général qui n'est pas usurpé. Bravo à son inventeur.

On note, au même moment, l'absence d'engouement pour l'adjectif correspondant : internautique, formé sur le modèle de nautique.

Pourtant, la privation d'un adjectif qualifiant rigoureusement ce qui intéresse l'internaute oblige à des périphrases insatisfaisantes car imprécises, comme la locution adverbiale "en ligne". Le jeu en ligne, le recrutement en ligne, sont des formulations trop vagues, qui pourraient aussi bien désigner un mode d'action téléphonique ("restez en ligne") ou une disposition physique ("placez-vous en ligne, les uns à côté des autres"). Dès lors, pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation de l'internaute, la Mission linguistique francophone recommande résolument l'usage de l'adjectif internautique.

Un spécialiste de la création publicitaire en ligne, par exemple, pourra se targuer en français de posséder une compétence internautique plutôt qu'une "compétence web", selon l'actuel jargon du marketing où l'on fait dédaigneusement fi du fait que web n'est ni un adjectif (il ne saurait donc qualifier le substantif compétence) ni seulement un mot français ou francisé, contrairement à internaute et internautique. Quant à la désignation "digitale", elle est à écarter sans appel. Elle relève d'une confusion grossière avec le faux ami anglais digital qui signifie numérique, tandis que dans notre langue, le terme digital n'a qu'un seule et unique signification : qui concerne les doigts ; et non les nombres... ni internet !

NDE : nous avons publié cette proposition néologique il y a de cela exactement dix ans. La voici réitérée à l'occasion de cet anniversaire. Miss L.F.

CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

mardi 15 avril 2008

salon mondial du modélisme


Vers 1650, les précieux ridicules brocardés par Molière répugnaient à employer les mots usuels pour dire ce qu'ils avaient à dire. Le cidre devenait "le nectar pétillant du verger neustrien". Et les adjectifs prenaient la place des substantifs : la tendresse devenait le tendre ("j'éprouve un profond tendre pour vous").

Depuis une dizaine d'années, les précieux sont de retour. Ils ne disent plus "par prudence" mais "en vertu du principe de précaution". Ils ne disent plus "les politiciens" mais "les politiques" (adjectif employé à la place de son substantif). De sorte que, dans une formule comme "les politiques d'autrefois", nul ne sait plus s'il s'agit des actions politiques menées dans le passé ou des personnages politiques du temps jadis.

Dans le même esprit, les précieux ne disent pas "le salon du modélisme" mais "le mondial du modélisme". À ne pas confondre avec le mondial de rugby qui n'est pas un salon (international) mais un championnat (du monde).

Ce qui caractérise les précieux, c'est qu'ils ont la simplicité en horreur. Soit ils boursouflent la langue, soit ils l'obscurcissent par des omissions ou des chassés-croisés sémantiques, toujours au détriment de l'intelligibilité. Et de l'intelligence.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

jeudi 10 avril 2008

rencontres sur l'environnement


Le ministère de tutelle des récentes rencontres sur l'environnement organisées par le gouvernement français a souhaité les intituler "Grenelle environnement". Une appellation ignorante des règles de construction du complément de nom en français (avec la préposition de). Cette faute de syntaxe a été délaissée par les médias qui ont choisi de former correctement le complément de nom et ont rebaptisé ces rencontres "Grenelle de l'environnement".

En dépit de cette rectification grammaticale, l'étymologie de "Grenelle de l'environnement" reste particulièrement déroutante pour les linguistes, mais aussi pour les spécialistes des sciences politiques et de l'histoire contemporaine. En effet, dans la métonymie "accords de Grenelle" (1968), dont cette appellation se réclame, "Grenelle" ne signifie pas "accords" ni "rencontres" mais "ministère (français) du Travail" [dont les locaux sont situés rue de Grenelle, à Paris]. Étymologiquement, "le Grenelle de l'environnement" est donc "le ministère du Travail de l'environnement". Brillante trouvaille énarchique en vérité.


POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

grenellocompatible

Une publication ministérielle (La lettre du Grenelle environnement) annonce fièrement la naissance d'un néologisme d'une difformité et d'une lourdeur confondantes : grenellocompatible. La Mission linguistique francophone y décèle un dérèglement lexical de grande ampleur et met en garde les francophones sains d'esprit contre l'utilisation de pareils monstres sémantiques : contrairement au hongrois ou au japonais, le français n'est pas une langue agglutinante, dans laquelle les idées composites s'expriment par des radicaux accolés en un mot global.

Le secrétariat d'État français qui promeut déjà l'incohérente appellation "Grenelle environnement" (au sens de accords sur l'environnement) se réjouit de participer à une détérioration volontaire de la langue. Cette situation contradictoire résume la grande désorientation du français en France : quelques institutions (l'Académie française, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France) y œuvrent à l'intelligible et intelligente modernisation de la langue quand d'autres institutions la sapent avec allant.

mercredi 9 avril 2008

les polyglottes s'esclaffent

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme "le nommage". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire le participe anglais "naming".

Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique.

"Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix, Les carnets d’un francophone. Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42).