jeudi 29 mai 2008

de l'enfance à l'enfonce

Après l'éviction du son " -ê- " en fin de mots, remplacé par le son " -é- " (sifflet devenant sifflé), et la perte de distinction entre le " -o- " ouvert (o de bol) et " -Ô- " fermé (o de beau), le style oratoire médiatique de France nous apporte maintenant la mutation du son " -en- " en son " -on- ". Dans la bouche de Fabienne Sintes (Radio France), par exemple, enfance devient on fonce ; pente devient ponte ; l'attente devient la tonte, etc.

Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que la prononciation de la nasale " -on- " demande un tout petit peu moins de travail musculaire que la prononciation de la nasale
" -en- ". L'économie d'effort est certes négligeable, mais elle suffit au mieux-être des orateurs négligents...

Dans le cadre du Mois de la phonétique, la Mission linguistique francophone met des répétiteurs et orthophonistes bénévoles à la disposition des animateurs, présentateurs et journalistes des médias audiovisuels francophones, pour les aider à endiguer cette tendance nuisible à la compréhension du français parlé, et donc à la vitalité de notre langue.


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lundi 19 mai 2008

juin, mois de la phonétique

La Mission linguistique francophone lance une campagne d'information des dirigeants de chaînes de télévision et stations de radio françaises sur les problèmes de phonétique qui entachent la diction des professionnels de la parole donnés à entendre sur leurs antennes.

Ces fautes de prononciation - puisqu'il faut bien les appeler par leur nom - se répercutent dans le public et altèrent pesamment la langue courante. À l'approche des grandes vacances, il paraît opportun de permettre aux francophones de France ou de passage en France (tels les étudiants étrangers en séjour linguistique), de baigner dans un environnement sonore plus cohérent et plus clair. C'est pourquoi nous menons cette action pendant le mois de juin, déclaré "Mois de la phonétique" chez les professionnels des médias parlés ; à charge pour eux de mettre un point d'honneur à favoriser ensuite l'apprentissage sonore du français durant tout l'été. Et tout le reste des années, si possible...

En 2008, le travers le plus criant est la tendance à la disparition du son Ê, remplacé par le son É [ cliquer sur la voyelle soulignée pour entendre sa prononciation correcte]. Cette substitution affecte les fins de mots (elle voulez au lieu de elle voulait) et les mots monosyllabiques (dé l'aube au lieu de dès l'aube, sécant au lieu de c'est quand, cé vré au lieu de c'est vrai) ; c'est ainsi que l'on nous annonce que tel sportif est arrivé dans l'étang au lieu de dans les temps...

Les autres fautes de prononciation sur lesquelles nous attirons particulièrement l'attention des locuteurs professionnels, cette année, sont : la confusion entre les sons O ouvert et Ô fermé, dans les deux sens (rodeur au lieu de rôdeur ; prôchain au lieu de prochain) ; la confusion entre les sons EU fermés (comme dans peu) et les sons ŒU ouverts (comme dans peur), d'où il résulte une négligence dans la distinction entre cela et ceux-là, entre deux mains et demain, etc ; l'oubli de liaisons ordinaires (quand't'il pleut, deux'z'euros, trois cents'z'autres, de vrais'z'enfants, c'est-t'à-dire, etc).

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mercredi 14 mai 2008

les graves accidents graves de la RATP

Dans son Journal atrabilaire, Jean Clair a immortalisé les sévices que les annonces sonores de la RATP font quotidiennement subir à la langue française, directement dans les oreilles des millions d'usagers du métro parisien. Ces fautes sont tellement lourdes qu'elles font grimacer ou sourire certains voyageurs... Mais la plupart d'entre eux prennent au contraire les messages publics de la RATP pour modèles, supposant - bien à tort - que la direction de la communication de cette entreprise de service public met un point d'honneur à les formuler dans un français impeccable.

On remarque que la RATP aime les circonlocutions, mais se prend facilement les pieds dans le tapis (roulant ?) de la syntaxe ou du style.

Elle ne dit pas "suicide" ni "tentative de suicide", elle dit "accident grave de voyageur". On peut comprendre son souci de ne pas appeler un suicide par son nom afin de ne pas heurter les âmes sensibles. Mais on peut moins s'accommoder de cette obstination dans le désordre des mots. Car chacun sait ou devrait savoir que dans pareil cas, le complément de nom et le nom qu'il complète ne doivent pas être séparés par un adjectif. Par exemple, si une maison de campagne [nom maison + complément de nom de campagne] est grande [adjectif], on doit placer ce qualificatif devant le nom qu'il qualifie, pour laisser ensuite le nom s'accoler directement à son complément de nom. Ce qui donne une "grande maison de campagne". Et non une "maison grande de campagne". On peut aussi rejeter l'adjectif après le complément de nom : on dira en français "un chef de service compétent" et non "un chef compétent de service".

C'est incontestable. Mais à la RATP, on le conteste puisqu'on préfère dire (et écrire) "un accident grave de voyageur" plutôt que "un grave accident de voyageur". Sans doute les responsables de la communication de cette estimable entreprise disent-ils aussi "une robe petite d'été" et non "une petite robe d'été"... À moins qu'ils s'expriment normalement dans la vraie vie, mais traitent avec négligence la qualité linguistique des messages qu'ils formulent à titre professionnel.

On peut craindre, hélas, que la seconde hypothèse soit la bonne. En atteste le silence de plomb qui - en fait d'annonces sonores - répond aux mises en garde bienveillantes de la Mission linguistique francophone à ce propos.

En atteste aussi la création de cette notion "d'accident de voyageur", qui est intrinsèquement contraire à l'usage francophone. En effet, en français, on qualifie un accident par l'objet ou l'activité qui en est la cause et non par le qualité de la victime ! On évoque un accident de ski ou un accident de voiture, et non un accident de skieur ni un accident d'automobiliste. Et quand un bébé se blesse à la maison, c'est un accident domestique et non un accident de bébé. Mais dans le réseau souterrain de la RATP, quand un voyageur se blesse ce n'est pas un accident de métro, c'est un accident de voyageur. Et toc, bien fait pour lui.

Car cette autre faute de français est moins irréfléchie qu'il n'y paraît. C'est le procédé peu glorieux mis au point par la RATP pour dégager publiquement sa responsabilité dans tout accident survenu à ses voyageurs, candidats au suicide ou non, et dans tout retard ainsi causé aux voyageurs non accidentés.  Il s'agit de disculper le transporteur et d'incriminer explicitement la victime transportée, en sa qualité de fauteur d'accident et non de victime d'un accident. Une formule inélégante dans le fond et dans la forme.