jeudi 22 octobre 2009

cote à côte

Est-ce un jeu ? Le même journaliste d'une station de radio nationale française d'information en continu prononce "CÔTATION" au lieu de "cotation" [en bourse], et "COTTES bretonnes" au lieu de "côtes bretonnes". Ce professionnel de la langue parlée fait entendre un accent circonflexe là où il n'y en a pas, et omet de le prononcer là où il y en a un.

Ce tour de passe-passe dans une même bouche prouve que le prétexte de l'accent régional, censé rendre inapte à prononcer certains phonèmes, ne tient pas. Et qu'il s'agit tout simplement de fautes de phonétique non rectifiées, exactement comme il existe des fautes d'orthographe non corrigées.

Sans doute l'étude du grec - ou simplement une courte leçon sur l'alphabet grec - devrait-elle être introduite dans la formation des journalistes de l'audiovisuel. Ainsi ces professionnels de la parole apprendraient-ils que le son Ô fermé (comme dans "tôt" ou "beau") et le son O ouvert (comme dans "bol" ou "code") sont si peu interchangeables que les Grecs, en leur infinie sagesse, on éprouvé le besoin de dessiner deux voyelles différentes pour les exprimer : l'oméga [littéralement : "Ô grand"] et l'omicron [littéralement : "O petit”].

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samedi 10 octobre 2009

succès : un pays disparaît


C'est avec un vif plaisir que nous avons vu aboutir ce mois-ci notre longue action auprès de l'État français pour le renoncement à l'emploi du terme "pays" quand il s'agit de désigner un échelon administratif autre que l'échelon national.

L'emploi du mot "pays" pour dénommer un petit ensemble de communes a son charme dans la langue courante : le Pays d'Auge, le Pays de Montbéliard sont des expressions qui remontent aux temps anciens où "rentrer au pays", c'était revenir dans son village. Mais au cours des années 1990, diverses administrations territoriales ont créé des structures intercommunales solidaires ; emportées par un passéisme irréfléchi, elles se sont mises en tête de les baptiser pays. Officiellement adoptée en 1995 - et sans relâche combattue depuis par nos soins - cette nouvelle acception administrative du mot "pays" créait indiscutablement une confusion entre un échelon territorial constitué par quelques communes, et l'échelon national constitué par toutes les communes d'une même nation, sans exception. La France, avons-nous objecté, est le seul pays qui puisse exister administrativement en France. Cela semblait une évidence. Il a pourtant fallu quatorze ans à cette évidence pour être reconnue.

Nous avons fait valoir que deux niveaux hiérarchiques ne pouvaient pas être homonymes sans créer une confusion publique permanente, et une incohérence lexicale qui compliquait inutilement notre langue. Comme si le terme rez-de-chaussée désignait indistinctement, dans un immeuble, le niveau sur rue ou le sixième étage...

Pendant plus de dix ans, notre objection a fait sourire ou agacé. Elle vient d'être entendue, et la raison a repris ces droits : sur le plan administratif, le pays c'est la nation et rien d'autre. La réunion de quelques communes autour de la plus imposante d'entre elles, à un échelon inférieur à celui du département, s'appelle désormais officiellement une métropole.

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mercredi 7 octobre 2009

jeu pense donc jeu suit

Dans une chanson très justement intitulée Droit à l'erreur, l'exquise chanteuse francophone Amel Bent nous apprend ceci : "J'ai deux vents moi un mur qui m'empêche d'avancer" ; après quoi elle ajoute : "et jeu suit là pour peindre un condamné." En fait, quand Amel Bent prononce "deux vents mois", il faut comprendre "devant moi" (avec un e ouvert comme dans peur et non e fermé comme dans peu). Et quand elle articule "jeu suit", il faut comprendre "je suis". Mais pour cette jeune femme comme pour des centaines de milliers d'autres professionnels de la communication verbale de langue française, la phonétique n'est pas une dimension pertinente du langage, et la prononciation exacte est un soin inutile. À tel point qu'Amel Bent n'est en réalité même pas là pour "peindre" un condamné, mais pour le "pendre". Ou pour le "pondre" ? Allez savoir.

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