mardi 9 février 2010

tueur sériel

Souvent, le français souffre de traductions de l'anglais trop analogiques. Ainsi l'anglais crime scene traduit servilement par par scène de crime, alors que le français a toujours parlé de lieux du crime. Ou bien l'anglais the future traduit par le futur alors qu'il s'agit de l'avenir.

Dans le cas de serial killer, c'est bizarrement le contraire qui s'est produit. En France, sinon dans tous les pays francophones, l'habitude a été prise de traduire cette désignation par tueur en série, alors que l'adjectif sériel existe.

La Mission linguistique francophone recommande l'utilisation du mot sériel pour traduire l'anglais serial, non seulement dans le cas de la musique sérielle mais aussi dans le cas des criminels multirécidivistes considérés comme tueurs sériels.

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Henry VIII d'Angleterre par Hans Holbein le Jeune 

dimanche 7 février 2010

ces maladies qui nous affectent

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : "le patient développe telle maladie". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient n'en peut mais.

Au prix du même abus de langage, certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". Hors contexte, comment comprendre une telle information ?

On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?)

En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au public de tout remettre en ordre à leur place, de reformuler in petto ce vrac linguistique pour en extraire un sens conforme aux faits.

Traduit en français universellement intelligible, voici ce que ces professionnels de la presse parlée nationale française voulaient dire : "Les patients [traités à l'hormone de croissance] redoutent d'avoir contracté la maladie [de Creutzfeldt-Jakob]".

La Mission linguistique francophone rappelle que le malade contracte une maladie, ou en est atteint ; il ne la "déclare" pas. C'est la maladie qui se déclare chez le malade. Et parfois se développe.

Mais certains professionnels de l'information ne sont pas anxieux, eux, à l'idée d'intervertir publiquement sujet et complément, ni de choisir leurs verbes comme au hasard ; et peu leur importe que celui qu'ils piochent soit pronominal ou non.

Il y avait pourtant un verbe qui permettait d'associer étroitement la notion d'atteinte à la santé physique et celle d'atteinte au moral. Le verbe affecter : on craint d'être affecté d'une maladie, et cela nous affecte aussitôt...


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lundi 1 février 2010

exfermer et s'exfermer

On sait que notre langue souffre parfois de créations de termes inutiles et mal pensés, nés simplement de l'ignorance du terme nécessaire déjà présent dans son stock.

Inversement, des mots indispensables n'existent pas et rien ne semble parvenir à les faire exister.

L'enfant dont les parents sont morts est orphelin, mais les parents dont l'enfant est mort n'ont pas de nom. Une rivière est profonde ou peu profonde, mais l'adjectif autonome signifiant peu ou pas profond n'existe pas en français (shallow, en anglais ; flach en allemand ; sekély en hongrois).

C'est un troisième exemple qui nous intéresse ici. On entre ou on sort. On empêche d'entrer et on empêche de sortir. Or, le contraire d'enfermer (au sens d'empêcher de sortir) n'existe pas en français (au sens d'empêcher d'entrer). Les étourdis qui sortent de chez eux en oubliant de se munir de leurs clefs et ne peuvent plus rentrer dans leur propre domicile connaissent pourtant bien l'action de "s'enfermer à l'extérieur" ou "s'enfermer dehors", selon des oxymores peu satisfaisants dans la mesure où "enfermer" est un mot construit pour exprimer ce qui se passe dedans (préfixe en-) et non dehors (préfixe ex-).

Plutôt que de le laisser indéfiniment en-dehors des dictionnaires, La Mission linguistique francophone reconnaît la nécessité de faire entrer dans notre langue le verbe exfermer et sa forme pronominale s'exfermer, équivalents exacts de l'anglais to lock in et to lock out. Car voilà un néologisme aussi naturel qu'utile. "Je ne sais pas ce que tu as fabriqué, mais je suis exfermée et j'ai froid ! Tu peux te dépêcher de venir m'ouvrir ?"