dimanche 7 février 2010

ces maladies qui nous affectent

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : "le patient développe telle maladie". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient n'en peut mais.

Au prix du même abus de langage, certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". Hors contexte, comment comprendre une telle information ?

On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : "Les patients sont anxieux de déclarer la maladie". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?)

En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au public de tout remettre en ordre à leur place, de reformuler in petto ce vrac linguistique pour en extraire un sens conforme aux faits.

Traduit en français universellement intelligible, voici ce que ces professionnels de la presse parlée nationale française voulaient dire : "Les patients [traités à l'hormone de croissance] redoutent d'avoir contracté la maladie [de Creutzfeldt-Jakob]".

La Mission linguistique francophone rappelle que le malade contracte une maladie, ou en est atteint ; il ne la "déclare" pas. C'est la maladie qui se déclare chez le malade. Et parfois se développe.

Mais certains professionnels de l'information ne sont pas anxieux, eux, à l'idée d'intervertir publiquement sujet et complément, ni de choisir leurs verbes comme au hasard ; et peu leur importe que celui qu'ils piochent soit pronominal ou non.

Il y avait pourtant un verbe qui permettait d'associer étroitement la notion d'atteinte à la santé physique et celle d'atteinte au moral. Le verbe affecter : on craint d'être affecté d'une maladie, et cela nous affecte aussitôt...


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