mercredi 14 décembre 2011

mûr ou parvenu à maturité, mais pas "mature"

En français, le contraire d'immature n'est pas mature (anglicisme) mais mûr.

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature. La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, écrivains, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

En effet, l'emploi de l'adjectif inverse de immature, à savoir mûr, est devenu minoritaire dans les médias francophones écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Or, le terme "mature" est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie mûr et, par extension parvenu à maturité sexuelle donc adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque le contraire de l'adjectif mûr est le mot immature, le contraire de l'adjectif immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale...

La locution parvenue à maturité ou parvenu à maturité est aussi un substitut très satisfaisant à l'anglicisme "mature", si jamais on estime que l'adjectif francophone mûr ne suffit pas à traduire en français le contraire de l'immaturité.

NDE : Divers dictionnaires estimables ont récemment entériné une acception psychologique de "mature" au lieu de mûr. Il ne faut y voir qu'un opportunisme commercial et non une légitimation officielle de cette impropriété de terme.

dimanche 11 décembre 2011

sur l'assassin

Un directeur de la police judiciaire française a déclaré à la télévision de son pays : "nous sommes remontés sur l'assassin" (sic).

On l'imagine juché sur les épaules d'un assassin. Fâcheuse posture ou fâcheux discours que de "remonter sur" un assassin.

Les ravages causés par l'abus de la préposition sur à la place de presque toutes les autres prépositions ("sur Bruxelles" au lieu de "à Bruxelles" ; "sur l'île" au lieu de "dans l'île" ; "là vous êtes sur un Modigliani" au lieu de "vous avez devant vous un Modigliani", etc) s'étendent donc sans répit.

Aujourd'hui, un haut fonctionnaire de police, membre de l'élite intellectuelle donc, et francophone de naissance, ne dit plus que son enquête lui a permis de remonter jusqu'à l'assassin, mais qu'elle lui a permis de remonter sur l'assassin. Ainsi la pauvreté du vocabulaire devient-elle misère. Et ainsi le divorce semble-t-il entièrement consommé entre une langue et ses plus fins esprits.

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