mardi 14 août 2012

assistance et assistanat

Depuis quelques mois [NDE : cet article a été publié initialement en juin 2008], le Président de la République française Nicolas Sarkozy et son Premier Ministre communiquent en termes strictement identiques - et strictement impropres - sur "l'assistanat" (aux personnes en situation matérielle difficile).

Il s'agit en réalité d'assistance.

Le terme assistanat désigne la situation d'un assistant, d'un adjoint. Ainsi, l'assistant-réalisateur de cinéma espère que ses années d'assistanat (c'est-à-dire durant lesquelles il a fait fonction d'assistant et non d'assisté !) lui permettront de se voir confier un jour la réalisation de ses propres films.

Mais une personne qui vole au secours d'une autre ne lui porte pas assistanat, elle lui porte assistance.

Quelques ouvrages lexicographiques francophones [dont l'encyclopédie collaborative en ligne Wikipédia] se sont hâtés de propager cette faute de français. Ils fournissent ainsi une caisse de résonance à une terminologie très douteuse - sans doute faussement maladroite et en réalité mûrement réfléchie - qui voudrait définir "l'assistanat" (sic) comme de l'assistance hors de propos. De l'assistance de mauvais aloi. De l'assistance immorale, ce qui est un furieux paradoxe.

Quand un politicien en vue déclare : "Il faut en finir avec l'assistanat", cela choque moins que s'il déclarait sans compassion aucune : "il faut en finir avec l'assistance". Dans une république bienveillante qui considère la non-assistance (à personne en danger) comme un délit, le non-assistanat (à personne en difficulté) pourra-t-il devenir vertueux ? L'avenir le dira. L'avenir dira s'il suffit de manipuler ainsi la parole pour stigmatiser la déchirante nécessité où se trouvent les prétendus "assistés".

[NB : La Mission linguistique francophone ne soutient aucun courant politique et ne se permet de fustiger, le cas échéant, que le vocabulaire politique, non ceux qui en usent ni les projets dont ils sont porteurs.]