mardi 25 septembre 2012

note sur les memos et les focus


La Mission linguistique francophone [M•L•F•] ne manifeste aucune aversion pour la langue anglaise, bien au contraire. C'est ce qui la distingue d'autres organisations dites "de défense de la langue française".

Dans sa tâche permanente d'observation des coups portés à la langue française par les professionnels francophones de la communication, la M•L•F• ne s'emploie qu'à dépister les atteintes morbides (1) au vocabulaire et à la syntaxe de notre langue, celles qui lui occasionnent des pertes de sens, de substance ou de cohérence : lorsque le vocabulaire ou la syntaxe d'une autre langue font insidieusement irruption dans la nôtre, par ignorance, par incompétence, par snobisme, par suivisme, par corporatisme parfois, et non par choix créatif ou stylistique.

La Mission linguistique francophone ne s'autorise à émettre aucune objection à la libre anglophilie, voire anglomanie, de certains auteurs ou locuteurs francophones. Elle ne mène ni ce combat rétrograde ni aucun autre de même nature. C'est au contraire la pleine vitalité des langues, chacune dans sa sphère d'intelligence et de sensibilité, que notre organisation promeut pour le présent et l'avenir. Nos observatrices et observateurs réunis sous le pseudonyme collectif de Miss L•F•, ne font guère figure de vieux barbons crispés sur leur dictionnaire de termes vétustes...

C'est donc avec ce seul souci de clarté dans les emprunts langagiers que la Mission linguistique francophone alerte ici les habitués des "mémos" et des "focus" sur le fait que ces termes anglais dérivés du latin n'ont pas leur place dans la langue de travail des entreprises francophones. The focus, c'est le point (le point de netteté focale d'un système optique, vers lequel on fait la mise au point, par exemple) ; par analogie, to focus, c'est se concentrer (sur un sujet, comme les rayon lumineux se concentrent au point focal d'une lentille).

Quant à ce que les anglophones appellent aujourd'hui a memo (contraction de memorandum), en français c'est simplement une note (une note de service, par exemple), un compte rendu (de réunion, par exemple) et non un mémorandum (qui pourrait alors légitimement s'abréger en "mémo" dans notre langue aussi). La Mission linguistique francophone invite donc les responsables d'entreprises francophones à s'abstenir de demander à leurs interlocuteurs "un memo avec un focus sur les actions commerciales" - et à l'exprimer plutôt en français : "une note avec un point sur les actions commerciales" ou "un compte rendu des actions commerciales".

(1) Morbide : [adjectif] qui relève de la maladie ; à ne pas confondre avec sordide (qui évoque une extrême bassesse) ni macabre (qui évoque la mort, avec une certaine délectation).

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jeudi 20 septembre 2012

au finale et au final

La faute de français "au final" s'est répandue sans discernement dans la bouche des ados comme dans celle des supposés vieux sages de la politique, sous la plume des éditorialistes cotés comme sous celle des blogueurs de tous crins.

La Mission linguistique francophone a observé la propagation fulgurante, entre 2005 et 2008, de la locution "au final" (sic). En 2012, la propagation de cette expression fautive s'est stabilisée mais son succès ne se dément pas. [NDE : et en 2017, il se confirme].

Malgré sa superfluité et sa formation incorrecte, l'expression "au final" (sic) est employée désormais par trois locuteurs sur quatre à la place des adverbes "finalement", "enfin" et "ensuite", ou à la place d'expressions correctes comme "à la fin", "en fin de compte", "au bout du compte", "tous comptes faits", "en résultat".

"Au final" (sic) a aussi détrôné "à l'arrivée" [au sens figuré de "finalement"] et "derrière" [au sens abusif de "ensuite"], en vogue dans les années 1990, aujourd'hui en nette perte de vitesse.

"Au final" (sic) est pourtant une locution que les professionnels de la langue ne devraient ni employer ni accréditer auprès du public.

Le barbarisme "au final" (sic) est formé de manière défectueuse sur le modèle de "au total", par oubli de l'existence du mot fin qui a déjà fourni la locution à la fin. Or, la fin, ça existe ; le total (au total) aussi ; le départ (au départ) aussi ; le fond (au fond) existe aussi. Mais le "final", ça n'existe pas. La langue française ne connaît que la fin [la fin des haricots, par exemple],  la finale [la finale d'une série de rencontres sportives, par exemple] mot féminin, ou le finale [le finale d'une symphonie, par exemple] mot masculin malgré son E ... final.

Oui, qu'il soit féminin ou masculin, le substantif français finale s'écrit avec un E terminal [hérité de son étymologie italienne, en ce qui concerne le finale masculin du langage musical]. Si l'on tient absolument à employer cette inutile locution qui déforme "à la fin" sous la pression du suivisme et sous l'influence de "au total", il faut au moins opter pour l'orthographe correcte ; et il n'y en a qu'une : "au finale" (avec un E).

Mais on peut aussi s'abstenir de suivre tous les courants en vogue, même les plus vains. On peut alors choisir d'éviter de contribuer à la mort cérébrale de l'irréprochable adverbe "finalement" et de l'impeccable locution "à la fin", en leur rendant grâce et vitalité.

NB : Le masculin un finale (de symphonie, de concerto, d'opéra) a donné son nom au fameux logiciel professionnel de création de partitions musicales (illustration ci-dessus). Ce mot d'origine italienne adopté par le français avec une prononciation à la française et un pluriel francisé [un finale, des finales] a aussi été adopté par l'anglais, mais en y imitant la prononciation italienne [prononciation anglophone : "finalé"].


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