lundi 26 novembre 2012

népotisme sans vergogne

Autrefois, certains papes - n'étant pas pères mais ayant la fibre monarchique - avaient tendance à intriguer pour que leur neveu leur succède. Le bénéficiaire de ce favoritisme coupable s'appelait en italien leur nipote (neveu). Le français en a tiré le terme népotisme, qui désigne la conduite des puissants s'employant à réserver des postes enviables à des membres de leur famille.

Dimanche soir 25 novembre 2012, vers 19h55 sur France 2, un pape de l'audiovisuel public français achève de présenter sa longue émission dominicale, et rend benoîtement l'antenne en ces termes exacts : "Et maintenant, le journal de Marie Drucker. (sourire) Je t'embrasse, Marie". S'agissant d'un oncle et de sa nièce, et s'agissant non pas d'une entreprise privée mais d'une entreprise publique, la Mission linguistique francophone relève là un exemple criant de népotisme. Une démonstration de népotisme sans vergogne, c'est-à-dire sans honte (de l'italien vergogna) - puisque, loin de passer discrètement l'antenne à sa propre nièce, l'oncle sourit à la caméra et embrasse publiquement l'enfant favorisée de feu son frère. Spectacle attendrissant ou révoltant, chacun tranchera selon qu'il adhère ou non au principe d'un service public au sein duquel le népotisme se pratique et s'affiche avec autant de plénitude.

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mercredi 7 novembre 2012

sur support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire.

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) ni les choses "papier" d'une manière générale.

L'article ci-après a été publiée en mai 2011, après une première observation parue début 2009. Mais la manie du "support papier" et des "versions papier" s'étant aggravée jusqu'à devenir paroxystique [on disait jadis paroxyntique, et l'on peut dire aussi paroxysmique], nous replaçons cette mise en garde sur le dessus de la pile de nos papiers...

Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux.

Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d'un viol de la syntaxe, on ne nous demande plus de remplir un imprimé ni de fournir nos papiers, on nous demande de transmettre un document "sur support papier". En français pas encore tout à fait fou, cela se dit simplement un document sur papier.

Sachant que le papier est par nature un support, il est étrange de le préciser, comme il serait étrange de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer. Cette redondance fautive a pour nom périssologie. La périssologie est la griserie à laquelle succombent les chefs de service passionnés de "support papier".

On trouve aussi cette faute non moins affligeante, consistant à exiger la transmission de documents "sous format papier A4". Le papier n'est pas un format mais une matière. Et l'expression "sous format" n'a aucun sens en français. Elle résulte du télescopage des notions de forme (sous forme imprimée) et de format (en grand format ; au format légal), dans des esprits que les aberrations du français médiatique et administratif ont totalement déboussolés en matière de choix des prépositions et de construction de membres de phrases. Les termes sont amalgamés en une pâte (à papier ?) sans ordre logique, et les mots de liaisons sont choisis à la loterie.

Apparemment, ces contorsions ineptes de la syntaxe et du vocabulaire n'effraient pas grand monde mais fascinent, au contraire, comme la danse du serpent venimeux.

*

Mise à jour : début 2017, l'absurdité monte d'un cran avec l'apparition, dans des appels d'offres émanant d'administrations publiques, de ce galimatias : dossier à remettre "sous support papier". Non, il ne s'agit pas d'empaqueter le dossier avec du papier (cf. "sous enveloppe cachetée") mais de le remettre sous forme imprimée et donc sur papier. Deux formulations irréprochables dont l'hybridation intempestive produit l'aberration précitée.

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lundi 5 novembre 2012

l'envie frénétique de parler une langue inepte

Une entreprise industrielle du Haut-Rhin [France] convie les professionnels de son secteur à découvrir ses "nouveautés produits". Le marketing n'excuse pas tout.
Quand on se souvient combien les Alsaciens ont ardemment souhaité demeurer français, on s'étonne que la société B*** agresse aussi cruellement la langue française. Petit rappel : en français, on dit "les nouveaux produits" et non "les nouveautés produits". Si B*** nous vantait ses "nouveautés produitEs", on supposerait qu'il s'agit des nouveautés qu'elle a produites... Mais les "nouveautés produits", on suppose qu'il s'agit d'une folle perte de repères grammaticaux, par la faute de laquelle le nom "produits" devient un qualificatif (masculin) du nom "nouveautés" (féminin).
L'entreprise B*** et toutes celles qui jargonnent de la sorte seront bien inspirées de rectifier leurs messages publicitaires pour clarifier ce qu'elles entendent par ces formulations navrantes qui empestent la frime d'école de commerce autant que l'envie frénétique de parler une langue inepte et grimaçante.


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