dimanche 26 mai 2013

pauvre verbe faire

Dès l'école primaire, on apprend à se défier d'un usage excessif du verbe faire, un peu vite qualifié de "pauvre" par nos maîtres. Beaucoup de professionnels de la communication écrite ou parlée oublient cette leçon à l'âge adulte, et reprennent à leur compte des formules comme "faire de l'essence" ou "refaire son retard" ou encore "refaire son handicap".  "Je peux vous faire une carte bleue ?" demandent même certains clients désireux de payer par carte de crédit*.

La Mission linguistique francophone note que cette négligence lexicale est actuellement en progression, et rappelle que certains emplois des verbes faire et refaire sont impropres, principalement parce qu'ils appauvrissent la langue et obscurcissent le sens.

Ainsi, on fait le plein d'essence, mais on ne "fait" pas de l'essence : on en fabrique si on est un industriel du pétrole, on en achète, on en prend ou on en cherche si on est un conducteur de véhicule à essence. Quant aux retards, on ne les "refait" pas non plus : on les rattrape, on les réduit, on les comble. Le handicap, lui, se surmonte.

* Faute apparue après 2010.

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mardi 7 mai 2013

attention : hotte tonsion

Pendant que des êtres humains décident de se montrer aptes à concevoir et bâtir un édifice de mille mètres de haut, à la fois sûr et élégant (illustration ci-contre : le pied de ce futur immeuble à Jeddah, par Adrian Smith et Gordon Gill architectes à Chicago), d'autres humains cultivés décident qu'il est au-dessus de leurs forces et de leurs compétences de prononcer proprement la langue qu'ils font profession de prononcer. C'est cette disparité de hauteur de vues qui ne cesse de nous intriguer. Tout comme nous intrigue le maintien à leur poste de ces innombrables journalistes de la presse parlée francophone qui ne parviennent rigoureusement pas à se montrer rigoureux dans leur parler.

Que la grammaire soit retorse ? Admettons. Que le vocabulaire soit foisonnant et donc propice aux fourvoiements ? Admettons encore. Mais que la confusion entre les phonèmes (les sons) de la langue française soit une fatalité professionnelle, non.

Un journaliste de radio - à l'instar de cent autres - veut nous annoncer "un procès sous haute tension". Mais le pauvre homme n'y parvient pas et nous annonce "un prôcé sous hotte tonsion" (sic). Intervertissant par deux fois le son Ô (comme dans beau) et le son Ö (comme dans botte), puis substituant le son É (comme dans fée) au son Ê (comme dans aigle), et mésarticulant enfin le son EN (comme dans lisant) qu'il transforme en son ON (comme dans lisons), il se trompe quatre fois de phonème. Sur un total de sept syllabes, c'est statistiquement élevé - à défaut d'élévation constructive ou créative...

NB 1 : La transformation du son EN en son ON est une tendance nette de l'élocution médiatique. Cela s'explique par le fait que l'articulation du son ON demande un travail musculaire légèrement inférieur à ce qu'exige le son EN. Moralité : la paresse professionnelle peut se loger même dans ces infimes efforts-là.

NB 2 : On notera que le locuteur précité, qui transforme "haute" en "hotte", n'est affecté d'aucun accent régional l'empêchant de prononcer les Ô (comme l'accent provençal conduit à prononcer "Rhone" au lieu de "Rhône") puisqu'il nous parle par ailleurs d'un "prôcé". À l'appui de cette surdité à l'équilibre sonore des syllabes, il semble que le seul repère soit l'idée fausse selon laquelle il n'existerait pas de corrélation impérative entre l'orthographe des mots et leur juste prononciation. Et selon laquelle la façon de prononcer les voyelles serait dès lors une affaire de liberté individuelle et d'esthétique personnelle. Or, c'est faux dans le cas général. Et plus faux encore dans le cas particulier de professionnels de la prononciation.


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