dimanche 15 septembre 2013

en même temps

La simple et modeste conjonction de coordination mais n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales : en revanche, plus ronflant ; ou en même temps, plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur.

Initialement adverbe de temps, la locution en même temps fut employée par quelques humoristes vers l'an 2000 comme adverbe restrictif substitué à toutefois, cependant, néanmoins, simplement, cela dit, quoi qu'il en soit. Une dizaine d'années plus tard, cette pointe d'humour est passée dans la langue au premier degré du sérieux, et gagne chaque mois du terrain en dévorant même la conjonction mais. "Il est con comme un balai, en même temps il baise comme un dieu" déclare aujourd'hui une connaisseuse des hommes. Tandis qu'une connaisseuse de la langue dira plutôt : "Il est con comme un balai mais il baise comme un dieu".

La différence est ici la même qu'entre la culture et le culturisme : dans son acception nouvelle, en même temps c'est un mais qui aurait fait de la gonflette pour épater le gogo. Et ce ne serait même plus drôle.

NDA : le glissement de sens de l'adverbe en même temps est à rapprocher de celui de l'adverbe derrière employé à la place de ensuite, détournement apparu au début des années 1980 et toujours actif chez les Francophones peu regardants sur le sens des mots.

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chargés d'être en charge

Une expression française anodine est en train de disparaître : être chargé de (telle ou telle responsabilité professionnelle, associative, élective, etc). Elle est trop souvent remplacée par cette tournure fautive : "être en charge de" (sic).

Il existe bien encore des Chargés de mission, dont la fonction tire son nom du fait qu'ils soient chargés d'une mission. Mais, oublieux d'une étymologie aussi limpide, ils se présentent le plus souvent aujourd'hui comme étant "en charge de" leur mission.

Cette erreur s'est installée en français dans le milieu des années 1990 et n'en repart plus.

Une fois encore, il s'agit d'une mauvaise traduction anglophone [l'anglais "to be in charge of" signifie "être chargé de"], infiltrée en français sans que les défenses immunitaires de notre langue vivante aient joué leur rôle : rédacteurs en chef et secrétaires de rédaction qui ne corrigent pas un titre, une légende ou un intertitre ; directeurs de la communication et chefs de cabinet qui laissent filer cette faute sans même la remarquer dans un communiqué ou un organigramme... Il n'en faut pas plus pour que le français se disloque de place en place et que le participe passif du verbe charger [être chargé] disparaisse.

Pataugeant complètement dans ce bouillon d'inculture, certains services de l'État estiment même "avoir en charge" un certain nombre d'actions. Ce qui ne se peut pas en bon français ; tout juste peuvent-ils "avoir la charge" desdites actions. Mais la vérité est qu'ils en sont chargés, tout simplement.

En français, un véhicule peut être en charge, voire en surcharge (cf illustration), une batterie électrique peut être en charge, mais ni un individu ni une institution ne sont "en charge" : ils sont chargés de faire ce qu'ils font.

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lundi 9 septembre 2013

le singe il grimace


La Mission linguistique francophone constate en France un net accroissement de l'emploi du double sujet [nom+pronom] : "l'eau elle coule", "le singe il grimace". Cette construction était jusqu'à présent l'apanage des enfants ("le maître il a dit") ; et on les reprenait ("le maître a dit"). Le double sujet était aussi utilisé pour railler une mauvaise maîtrise du français par des étrangers peu instruits ("la madame elle est partie").

Mais depuis peu, l'inutile accumulation du nom et du pronom est fréquente dans la bouche des Français adultes, jusqu'au sommet de l'État [NDE : article publié en 2008] de ce beau pays qui, une fois encore, donne le mauvais exemple en matière de francophonie...

Bien sûr, les journalistes et animateurs de médias audiovisuels suivent la même pente et propagent cette faute de syntaxe, comme si soudain le pronom faisait partie intégrante de la forme conjuguée des verbes à la troisième personne du singulier et du pluriel  : "Louis il-chante, Louise et Louisette elles-chantent". La Mission linguistique francophone rappelle donc aux professionnels et au grand public qu'il n'en est rien, et que le pronom personnel n'a pas sa place devant le verbe quand le nom qu'il évoque est déjà sujet de ce verbe : "mon frère me manque" est correct ; "mon frère il me manque" est incorrect.


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