mardi 24 décembre 2013

mûr et immature

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature.

La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français.

La Mission linguistique francophone relève en effet que l'adjectif mûr est devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de "mature" (sic). Ce terme est impropre et son emploi déconseillé. "Mature" n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais "mature" qui signifie simplement mûr, parvenu à maturité et par extension, adulte.

En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l'antonyme [ c'est-à-dire le contraire] du mot mûr est le mot immature, l'antonyme du mot immature est le mot mûr. Sauf à admettre l'amnésie rétrograde comme règle d'évolution lexicale... Ce qui n'agirait pas en faveur de la santé psychique des Francophones.

Emmanuel Kant [portrait ci-dessus] donnait de l'immaturité cette définition : "l'immaturité est l'incapacité d'employer son entendement sans être guidé par autrui". Il en voyait la cause, chez certains adultes, non pas dans quelque retard intellectuel mais dans le manque de courage et la paresse. La paresse de réfléchir et le manque de courage d'affronter par la pensée ce qui doit l'être.

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mercredi 11 décembre 2013

pôle oncologique


Le français appartient au groupe des langues gréco-latines, et non à celui des langues agglutinantes telles que le hongrois, le basque ou le coréen. Dans les langues non agglutinantes comme la nôtre, il existe une syntaxe fondée sur les rapports logiques entre les mots, laquelle constitue une évolution linguistique par rapport à la simple agglutination de syllabes.

Des termes comme écoresponsable, cybercriminalité ou Oncopôle opèrent une régression vers le stade agglutinant. Ce sont des néologismes forgés pour épater l'ignorant mais déconnectés du sentiment linguistique francophone : ils font fi de la nature syntaxique de notre langue, avec ses assemblages de mots.

Mesdames et messieurs les rares cancérologues de renom qui prisez depuis peu les "oncopôles" (sic) plutôt que les sobres services de cancérologie, vous êtes bien docteurs en médecine, vous n'êtes pas "médicodocteurs" ? De même votre service est éventuellement un pôle oncologique mais en aucun cas un "oncopôle" (sic).

Il convient de laisser cette création lexicale très malhabile à la sphère des noms propres, voire des noms de marque. Oncopôle de Toulouse [photo ci-dessus], par exemple, est un nom propre. Il est surprenant que sa burlesque ressemblance avec "Oncle Paul" n'ait pas dissuadé les promoteurs de cet établissement. Mais on aimerait que le rappel linguistique ci-avant ramène unanimement les décideurs hospitaliers francophones à la raison et les dissuade de tenter d'introduire durablement cette tumeur langagière dans le français courant ou spécialisé.

dimanche 8 décembre 2013

crimes et délits

Une ineptie comme "les crimes de tapage nocturne ont augmenté de 75% à New York" [journal télévisé de TF1] confirme que les journalistes francophones ont besoin d'un dictionnaire des faux amis, et de le potasser d'arrache-pied. Il en existe d'excellents qui ne devraient pas rester sur les étagères, mais équiper la table de travail, voire la table de chevet, de ces professionnels de l'approximation linguistique.

L'anglais a crime désigne indistinctement un crime ou un délit - notions juridiques que le français ne confond pas.

À propos d'une affaire politique concernant un ministre contraint d'avouer avoir menti, la presse française n'a pas cessé de nous expliquer ceci : "en France, contrairement aux USA, le crime de parjure n'existe pas". Assertion rendue fausse par le même faux ami. Car aux USA non plus, "le crime de parjure" n'existe pas. Ce qui existe aux USA, c'est le délit de parjure !

Dans un contexte où le terme anglophone désigne sans doute possible une simple infraction ou un délit, traduire sans réfléchir l'anglais "crime" par le français "crime" n'est ni un délit ni un crime. Toutefois, la paresse intellectuelle qui porte un professionnel de la communication à répercuter une traduction irréfléchie reste un travers. Il en résulte ici une négligence qui, à dire vrai, va jusqu'à la faute professionnelle lorsque l'on fait profession de débusquer puis de diffuser des informations exactes, exactement exprimées.

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on ne tire pas les conséquences

"Il faut en tirer les conséquences" ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois.

On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas les conséquences de quoi que ce soit. On en tire des conclusions. On peut aussi en tirer la leçon. Mais les conséquences, cela s'assume.

Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui tirent des conséquences (sic) à tout propos, ou exigent que d'autres s'en chargent, au lieu de tirer des conclusions et d'assumer des conséquences.

Cette confusion est à rapprocher du cafouillage "loin s'en faut" (sic), lui aussi vide de sens et très prisé du monde politique, qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions : loin de là et il s'en faut de beaucoup.

(*) Peu importe que divers dictionnaires s'en accommodent et que divers des auteurs estimables soient tombés dans le piège : cette suite de mots n'a pas de sens.

mercredi 4 décembre 2013

ne rien lâcher

Un animateur d'émission littéraire, voulant conclure un compliment à un jeune auteur prometteur, et l'encourager sans doute par ces mots à poursuivre sa carrière, lui dit à mi-voix : "ne lâchez rien".
C'est l'expression vedette de l'année 2013.
"Ne rien lâcher" nous est venu du commentaire sportif, au sens de "résister" à ses concurrents, "surclasser" son adversaire, "poursuivre son effort". De là, le tic verbal est passé au journalisme d'information générale dans une acception toujours plus vaste donc plus vague, puis s'est posé sur la langue courante et s'y accroche. Pour longtemps ? Peut-être pas. Le vent l'emportera. En guise de bain de bouche, la Mission linguistique francophone vous offre en cette fin d'année un lot de synonymes de "ne lâchez rien". Synonymes qu'il serait dommage de lâcher.

Continuez. Accrochez-vous. Restez vous-même. Ne cédez pas. Soyez confiants. Ayez confiance (en vous). Ne vous découragez pas. Appliquez-vous. Tenez bon. Tenez le coup. Tenez tête. Refusez. Sachez dire non. Sachez dire oui. Allez de l'avant. Ne vous laissez pas aller. Ne vous laissez pas abattre. Concentrez-vous. Soyez combatif. Battez-vous. Courage. Résistez. Bonne chance.

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