lundi 29 septembre 2014

le prestige serait-il mort (de rire) ?

La télévision nationale française lance une nouvelle grande émission de parlotte (de la radio filmée, si l'on préfère) intitulée Un soir à la Tour Eiffel, dont la présentatrice explique à la presse qu'il s'agit d'un "programme* autour d'un invité prestigieux". Et de nous livrer les noms des trois premiers invités de prestige : trois amuseurs publics. Pas de grand inventeur dans le lot, pas de héros de la paix, pas de souverains exemplaires, pas de géante ni de géant de la pensée ou de l'action. Juste trois amuseurs de renommée passagère, nettement paillards pour deux d'entre eux. Voilà l'idée que les décideurs de l'audiovisuel public français se font du "prestige" : une bonne tranche (horaire) de rigolade en compagnie d'une animatrice morte de rire rien que d'y penser.

* programme est ici un anglicisme employé à la place du français émission.
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lundi 22 septembre 2014

disponible à la location : un cas d'obésité de la langue

Sur les flancs de ses véhicules utilitaires, une grande entreprise de location proclame "4000 véhicules disponibles à la location !"

En français non tarabiscoté, non précieux, cela se dit : "4000 véhicules à louer !".

"À louer" : deux syllabes et six lettres.

"Disponibles à la location" : quatre fois plus de syllabes et quatre fois plus de lettres. Sans bénéfice aucun.

Qui croit encore que le français contemporain évolue vers plus de simplicité ? Qui croit encore qu'en se déformant et se boursouflant de la sorte, il évolue harmonieusement ? Quand un organisme vivant s'hypertrophie sans nécessité ni plaisir (et la langue française est un organisme vivant), ce n'est jamais signe de bonne santé ni de vitalité, mais toujours le symptôme d'un dérèglement alarmant. Cancérologues, cardiologues, phlébologues, endocrinologues, parasitologues et vétérinaires le savent. Professionnels de l'information, de la communication, du marketing et de la culture (donc de la langue) semblent toujours plus nombreux à l'ignorer.

[illustration réemployée avec l'aimable autorisation de Zeiss]
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jeudi 18 septembre 2014

lettre ouverte aux éco-imbéciles éco-heureux

Les observateurs et commentateurs de la Mission linguistique francophone vous prient de pardonner leur coup de gueule unanime ci-après, mais trop c'est trop, comme dit la tautologie populaire. Le vent, non pas de folie, mais de profonde imbécilité sémantique qui souffle à nos oreilles des éco-naisereies et des éco-lapalissades ininterrompues souffle maintenant jusque dans les hameaux de nos campagnes, que voici rebaptisés, sans rire et par des esprits malades de suivisme technocratique, des "éco-hameaux".

Il semble que la traduction saine d'esprit de "éco-hameau", en vrai français, soit hameau écologique.

Inventer le hameau écologique, donc en en prise avec la nature environnante et féru de voisinage de proximité, c'est se qui s'appelle inventer l'eau froide, non  ?

En Auvergne, par exemple, "l'éco-hameau" (sic) de Bertignat [Puy-de-Dôme] se caractériserait, selon le Palmarès des jeunes urbanistes [France] "par ses constructions proches de la nature, sa prairie et son verger partagé". Oui, comme tout hameau ou toute commune rurale, sauf erreur.

Oh, les jeunes ("jeunes" urbanistes de 40 à 45 ans, en l'occurrence, tout de même), vous ne voyez pas que les conseillers ministériels capables de primer de pareilles balivernes, et même d'en susciter l'invention puis la promotion, vous prennent pour des éco-imbéciles éco-heureux ? Vous n'avez pas conscience de saccager l'environnement premier de l'être humain, la langue dans laquelle il s'exprime ?

Oh, les jeunes, les vieux, les entre-deux, vous tous qui jonchez le paysage francophone de telles inepties lexicales, c'est bientôt fini ce délire éco-néologique éco-crispant à éco-mort ?  Vous nous polluez la langue, bande de vandales !

Voilà, c'est dit.

MISS L.F.

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vendredi 12 septembre 2014

sortir de l'impôt

Dans un français de très bas étage qui lui semble convenable, un inspecteur des finances jargonne à l'oreille d'un ministre, voire d'un Premier ministre, et la langue tout entière est contaminée par une ineptie de plus.

Tel est le statut de l'expression "sortir de l'impôt". Car l'impôt n'est pas un lieu ni même une condition. On ne saurait donc en "sortir" et moins encore en être sorti par la loi. En français, on est exonéré ou dispensé de payer des impôts, on échappe à l'imposition. On est ainsi sorti du pétrin, mais on n'est pas "sorti de l'impôt" (sic).

Reprise sans guillemets ni distance par toute la presse écrite, parlée et audiovisuelle de France et de Navarre, une telle impropriété de terme, une telle négligence d'expression contamine la langue vivante en quelques heures. Tout laisse craindre qu'elle y laissera une cicatrice disgracieuse, comme l'a déjà fait l'emploi trivial du même verbe sortir dans le commentaire sportif : "Chose a sorti Machin en quarts". Traduction : "Chose a éliminé Machin en quart de finale", "Chose a vaincu Machin", "Chose l'a emporté sur Machin".

La trivialité de l'emploi du verbe sortir comme synonyme de vaincre échappe aux commentateurs sportifs. La disqualification du verbe sortir comme synonyme d'être exonéré de  échappe manifestement aux hauts fonctionnaires du ministère de l'économie et des finances autant qu'aux rédacteurs des discours ministériels, pourtant tous sortis des plus grandes écoles...

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jeudi 11 septembre 2014

noms de fonctions en charabia : la RATP donne l'exemple

Sœur de la journaliste Christine Ockrent, Isabelle Ockrent peut apparaître comme une femme déterminée et sûre d'elle, puisqu'elle a réussi à se hisser au poste élevé de Directrice de la communication et de la marque de la RATP (1). Mais ce serait mal la connaître : la Directrice de la communication et de la marque de la RATP est une femme timide, souvent même effacée.

En voici la preuve.

Madame Ockrent assiste de plein droit aux conseils d'administration de la RATP. Il en va de même pour son éminent collègue François Saglier. Ces deux cadres supérieurs se voient donc régulièrement, et sur un pied d'égalité hiérarchique. La seule différence entre eux consistant en ceci : il est du ressort d'une directrice de la communication de veiller à la bonne formulation de tous les intitulés officiels, y compris les noms de fonctions.
Malgré cela, et certainement en raison d'une timidité invalidante plutôt que d'une incompétence coupable, la directrice de la communication n'a jamais osé dire à son collègue François Saglier qu'il s'était affublé d'un nom de fonction à hurler, tant les fautes de français y sont lourdes. Et tant la qualité de la communication en est donc désastreuse pour l'image de la marque RATP. Monsieur Saglier se présente en effet comme "Directeur en charge (sic) du service, de la relation clients (sic et resic) et des espaces multimodaux".

Madame Ockrent, il est vrai, peine pour sa part à distinguer le féminin du masculin dans l'énoncé de sa propre fonction, puisqu'elle se présente comme Directeur (sic) de la communication. Or, il est établi avec une absolue certitude que Madame Ockrent est une femme. Qu'elle soit une femme de grande culture francophone, la chose est soudain moins certaine.

Quoi qu'il en soit, la Mission linguistique francophone invite Mme Ockrent et M. Saglier à mettre de côté leur touchante timidité, à surmonter la honte secrète que leur inspire sans doute leur calamiteuse maîtrise des règles élémentaires du français dès qu'il est question de leur activité professionnelle, et à évoquer ensemble leurs problèmes de charabia fonctionnel. L'idéal étant qu'ils s'en entretiennent en présence d'un francophone qui n'aurait pas encore fait son deuil d'une langue limpide, sobre et juste. Nous en avons à leur disposition, au besoin.

[Illustration : M. François Saglier, bien en peine de faire l'analyse grammaticale de son nom de fonction]

(1) NDE : Isabelle Ockrent a cédé son poste courant juin 2015 à Anaïs Lançon, à qui va désormais revenir la tâche de nettoyer le fatras de bévues et fautes de français accumulées dans les tics de langage, écrit et parlé, de la RATP. L'avenir dira si Mme Lançon s'y montrera efficace.

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