mercredi 13 juillet 2016

dataroom et meet-up au Grand Paris

L'établissement public de la Métropole du grand Paris s'est doté d'un site internet dont les intitulés vomissent la langue française avec une âpreté désolante. Jugez plutôt ce que la capitale élargie du monde francophone vous donne à lire comme titres de rubriques dans sa version française : dataroom, meet-up, agenda.

Agenda peut sembler irréprochable, si ce n'est que le mot est ici utilisé dans l'acception anglophone du terme. Ce n'est pas le petit carnet que l'on promène sur soi pour y noter ses rendez-vous (ce qui est l'unique sens de du mot agenda en français). C'est the agenda : le programme des activités à venir, l'ordre du jour, la liste des points à aborder. Mais on pourrait ne rien trouver à redire à cette métonymie [ métonymie = boire un verre au lieu de boire le contenu d'un verre] si elle ne venait pas corroborer le constat d'un snobisme anglomane omniprésent par ailleurs.

Car avec meet-up et dataroom, l'ambiguïté n'existe pas : c'est de l'anglais pur et simple, dépourvu de sens voisin en français. Cette communication négligente et pédante est supposée servir le dessein qui anime cet établissement public : faire plus amplement rayonner la capitale française.

C'est vachement bien parti, mon kiki.

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mardi 12 juillet 2016

hubs et clusters au Grand Paris

Dans les messages publics de l'établissement public de la Métropole du grand Paris, nous ne sommes pas seulement orientés à contre-sens vers la dataroom et le meet-up, il est aussi question de hubs, de clusters, de coworking, de tout ce qui se fait de plus exaspérant comme jargon irréfléchi et suiviste chez les tenants du style m'as-tu-vu-sortir-de-mon-école-de-management.

Les constructions grammaticales autour de ces anglicismes forcenés achèvent de saccager notre langue : "ce document sera mis sur la dataroom", nous informe-t-on. Comprenne qui pourra. Une "(data) room" étant une salle (de données), on ne saurait placer quoi que ce soit "sur" une dataroom mais peut-être dans la salle en question ? Ne cherchons pas la petite bête, ne soyons suspects ni de purisme ni de passéisme : à l'heure où l'on se targue d'habiter "sur Paris" (quelle envergure il faut pour cela, pour habiter SUR une ville !) au lieu d'habiter naturellement à Paris ou dans Paris, il est peu surprenant que d'éminentes personnes publiques en complète déroute linguistique vous rangent des documents SUR une salle et non dans une salle. D'autant qu'ils vous le disent en anglais, langue qu'ils maîtrisent encore plus pitoyablement que le français.

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vendredi 1 juillet 2016

sur un ton comminatoire

La plupart des dictionnaires disponibles sur internet donnent mot pour mot la même définition de l'adjectif comminatoire, appliqué à la manière de s'exprimer. "Qui a le caractère d'une menace ; menaçant. Style comminatoire, ton comminatoire."

La nature exacte de la menace contenue en français courant dans la notion de ton comminatoire mérite d'être précisée : c'est un ton qui ne souffre pas la discussion ; un ton cassant de supérieur à subalterne ; le ton sur lequel on donne sèchement un ordre dont l’inexécution sera sanctionnée.

Ce n'est pas la menace du maître-chanteur ni du tueur à gages. C'est une menace de chef. Et c'est bien ce qui rend insupportable le ton comminatoire employé par qui n'est pas notre chef.

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