mardi 15 novembre 2016

county, le faux ami américain du comté


La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes, et même la quasi totalité des auteurs de dictionnaires, se fourvoient à traduire des noms d'entités administratives des USA telles "Madison County" ou "Orange County" par "Comté de Madison" et "Comté d'Orange", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire et donc des principautés, des duchés et des comtés !
 
Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, les USA n'ont jamais eu de Comtes ni de comtesses de San Francisco ni de Miami, et la traduction de l'anglo-américain county par "comté" n'est qu'un lourd faux-sens, ourlé d'une légère stupidité.

Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en états (states) et en cantons (counties ; et county, au singulier).

Pour ne pas sombrer collectivement dans l'inculture historique la plus navrante, il semble important de ré-instaurer la traduction correcte dans notre langue de la notion de county aux USA, par le terme canton. Et non comté.

La Mission linguistique francophone propose à ceux qui trouvent le terme canton trop helvético-franchouillard ou insuffisamment sexy et exotique pour les USA, de s'en tenir au mot autochtone county ("le county de Madison"), exactement comme le français a intégré les mots blues, musique country ou barman sans les franciser en "bleus", "musique de la campagne" et "homme de la barre". Ce qui sera moins affligeant que de pérorer sur les comtés du royaume des USA.

mardi 8 novembre 2016

relations publics

Cette faute d'orthographe manifeste est en réalité un barbarisme insidieux, inventé par idolâtrie du jargon des affaires, entre communicants fiers de leur perte de repères linguistiques et logiques, et désireux d'en faire largement étalage. Voici de quoi il retourne.

En France, quelques agences spécialisées dans les relations publiques se sont regroupées dans le syndicat Syntec, dont le président a tenté de promouvoir entre 2010 et 2016 la notion de "relations publics" (sic). Désignation ahurissante adoptée depuis par une des sociétés ainsi syndiquées, à l'instigation de l'inventeur ci-contre, dont il convient de taire le nom par humanité.

Cette tournure grammaticalement fautive se veut calquée sur le modèle d'autres expressions incorrectes telles que "les relations investisseurs" (sic) [au lieu de les relations avec les investisseurs] ou "la relation clients" (sic) [au lieu de la relation commerciale ou les relations avec les clients]. Il faut donc comprendre le barbarisme "relations publics" comme une paresseuse parataxe de "relations avec les publics"... notion qu'expriment avec simplicité les relations publiques !

La faute grammaticale inspirée de l'anglais se double ainsi d'une préciosité sémantique purement franco-française : l'ignorance de la notion de singulier de portée générale. Dans notre langue, ''le public, l'électorat, la magistrature, la presse'' sont autant de singuliers parfaitement aptes à désigner l'ensemble des composantes du public, de l'électorat, de la magistrature ou des organes de presse, sans qu'il soit besoin de les subdiviser en "les magistratures, les presses, les électorats, les publics".

Les relations publiques devenus relations publics, alors les voies publiques deviennent voies publics et les opérations financières se muent en opérations financiers. Merci Syntec Conseil en Relations Publics. Le français est démoli de l'intérieur, et notre homme, ça le fait sourire.

Francophones de tous les pays, ayons pitié d'inventeurs lexicaux à ce point dévoyés, ils ne savent pas ce qu'ils font... Mais laissons ces charmants Diafoirus de la com' à leur fausse bonne idée, comme on dit par litote. On pourrait aussi, plus sévèrement, parler d'un snobisme corporatiste irréfléchi et destructeur de ce qui devrait être leur outil premier : une langue vivante plutôt que nécrosée dans l'étau d'imbécilité où certains nous la coincent.

Illustration : portrait officiel d'un mercantile saboteur de la langue, convaincu que ses barbarismes et anglicismes forcenés favorisent le commerce en jetant de la poudre aux yeux du public (et non "des publics").

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