mardi 13 décembre 2016

fuiter : un cas d'inceste barbare


Non, un homme politique ne laisse pas "fuiter" une information dans la presse. Il la laisse échapper, il la laisse filtrer, parfois même il la distille ou il la divulgue.

Quand un parent et son enfant font ensemble un autre enfant, cela procède de l'inceste. Le résultat n'est pas toujours heureux. Il existe des incestes dans la famille des mots, et les anomalies génétiques n'y sont pas moins affligeantes.

Par exemple : le verbe FUIR engendre le substantif FUITE. Quand des journalistes accouplent le parent FUIR et son enfant FUITE, ils enfantent sans vergogne le verbe FUITER (sic), dont le caractère dégénéré n'échappe qu'à eux... 

La Mission linguistique francophone s'est émue de cette monstruosité sémantique dès son apparition publique, en janvier 2008. Quatre ans plus tard, le 2 février 2012, l'Académie française nous a suivis et a insisté pour que les journalistes chassent de leur esprit le barbarisme fuiter (sic), le gomment de leur jargon et s'en tiennent à des formulations ayant recours au mot fuite dans son sens figuré, chaque fois qu'ils voudraient exprimer le fait qu'une information confidentielle a surgi du secret jusqu'à leurs oreilles.

Une petite décennie plus tard, le monstre "fuiter" s'est au contraire installé sans guillemets dans la presse écrite. Il entre déjà dans les dictionnaires, avides d'entériner ces aberrations pour permettre à leurs services commerciaux de claironner l'entrée de mots effarants dans leurs nouvelles éditions, sans même prendre la précaution d'indiquer que le terme est critiqué.

Peu importe, en effet, qu'il s'agisse de néologismes difformes rejetés avec clairvoyance par les francophones n'ayant pas encore perdu l'instinct de leur propre langue. Les tenants d'une langue intelligente et claire sont tous de ramassis des vieux cons et de jeunes bornés, c'est bien connu. Tandis qu'un vocabulaire torturé par des professionnels de la langue incapables de se souvenir qu'une fuite résulte du fait de fuir et non de fuiter (sic), ça c'est du progrès ! Ben non.

PS : L'Académie française rappelle que le néologisme difforme "fuiter" est d'autant plus inutile que l'on utilise depuis longtemps le verbe filtrer dans ce sens figuré : telle information secrète a filtré. Mais c'est demander beaucoup d'efforts synaptiques à certains que de les obliger à retrouver un lien entre deux mots de sens commun dont les radicaux sont différents. Ainsi de moins en moins de francophones disent-ils qu'ils visent une cible, préférant généralement cibler une cible.

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mercredi 7 décembre 2016

Directrices, fondatrices et chercheuses

Dans les fonctions de direction, chaque fois qu'il est établi qu'une femme n’est pas un homme, il est certain que le titre de sa fonction ne saurait être "directeur" (sic) mais bien directrice.

Idem pour toute fondatrice qui n'est pas un fondateur, et pour toute femme pratiquant la recherche, qui est bien une chercheuse et non un chercheur ni -pire encore- une chercheure (sic)..

Paradoxalement revendiquée par de nombreux écervelés soutenant que les femmes seraient mieux loties avec des oripeaux d'hommes, l'adoption par des femmes d'un titre masculins dont le féminin existe pourtant depuis des siècles est une erreur grammaticale pure et simple ; une confusion des genres, à proprement parler.

En cas d'entêtement dans l'erreur - et quelle qu'en soit la justification, ouvertement subjective ("je préfère") ou calculée ("cela me confère davantage d'autorité") - il appartient aux dirigeants de sociétés et institutions diverses de faire remédier, dans les organigrammes et sur les cartes de visite, à ces impropriétés de terme à forts relents sexistes.

Car contre cette marque de discrimination ("un directeur, un fondateur ou un chercheur, c’est plus sérieux qu’une directrice, une fondatrice ou une chercheuse") pratiquée par des femmes contre des femmes ("le caprice de m'affubler d'un titre masculin m'est réservé et il est hors de question que les chanteuses du chœur que je dirige se fassent appeler chanteurs"), il existe une législation rigoureuse dans les pays civilisés, et chacune ne peut que s’en réjouir.

Illustration : Christine Hodgson, pas fondatrice ni chercheuse mais directrice et fière de l'être.

motif utile ou motif futile ?

Certains s'interrogent sur l'utilité de prononcer clairement en français les consonnes redoublées : immobile, immense, immature, immoral, allusion, illogique, etc.

Si un professionnel de la parole dit "i-mobile" ou "i-mense" au lieu de [im-mobile] ou [im-mense], tout le monde le comprendra. De même pour les "fautes d'orthographe sonores" suivantes : ilogique, imature, alusion, imoral, etc. Soumis à ces imprécisions phonétiques dans les médias parlés, nombre de locuteurs francophones perdent graduellement l'habitude de redoubler les consonnes, préférant l'économie d'effort articulatoire à la clarté de leur diction.

Cette habitude de paresse s'étend à la prononciation de deux sons consonnes identiques qui ne sont pas au cœur d'un mot, mais se répètent en fin et en début de mots : baobaB Brûlé, par exemple. Certes, il est rare de parler de baobab brûlé, de clam magnifique, de lac clinquant, ou de cap pitoyable... Mais quand un comédien se dispense de faire entendre la double consonne et prononce "cas pitoyable" au lieu de "cap pitoyable" ou "motif utile" au lieu de "motif futile", la langue parlée s'obscurcit.

La Mission linguistique francophone rappelle quotidiennement aux professionnels de la parole l'importance de la phonétique pour l'intelligibilité des messages qu'ils délivrent.