vendredi 10 février 2017

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non "jacté". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots "braquage", "braqueur" et le verbe "braquer" comme si ces mots n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont, lorsqu'ils sont employés avec le sens de dévaliser, voler (à main armée), cambrioler, commettre un hold-up. Idem pour les satanés "papiers" évoqués par les journalistes, en lieu et place des articles (de journaux). Ou les "breloques" olympiques au lieu des médailles*. Gardez ces familiarités pour vous, ou nous serons bien obligés de militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était, puisqu'il en existe pour vous désigner dans notre langue verte : journaleux, gratte-papier, fouille-merde, entre autres gracieusetés.

* NDE : une breloque est un bijou de pacotille, sans valeur, à la différence d'une médaille olympique, objet de grand prix et porteur d'un immense prestige.

mardi 7 février 2017

comtes et comtés aux USA

La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes et même des auteurs de dictionnaires se fourvoient à traduire "Madison County" par "Comté de Madison", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire et donc des principautés, des duchés et des comtés !
 
Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, et la traduction de l'anglo-américain county par "comté" est de ce fait un lourd faux-sens.

Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en états et en cantons ; autrement dit, dans la langue locale, en states et en counties (county, au singulier).

Il semble important d'officialiser la traduction correcte dans notre langue de la notion de county aux USA, par le terme canton. La Mission linguistique francophone propose à ceux qui trouvent le terme canton trop helvético-franchouillard ou insuffisamment sexy et exotique pour les USA de s'en tenir au mot autochtone county ("le county de Madison"), exactement comme le français a intégré les mots blues, musique country ou barman sans les franciser en "bleus", "musique de la campagne" et "homme de la barre". Ce qui eut été moins ignorant que d'affubler les USA de comtes et de comtés...

dimanche 5 février 2017

les accidents voyageurs de la RATP

La RATP peine à formuler en français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples.

Ainsi la RATP annonce-t-elle des accidents voyageurs (sic) ou, mieux, des accidents de voyageurs. Or, en français, quand un bébé est victime d'un accident domestique et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : "Au secours ! J'ai un accident de bébé" !

Par cette maladresse voulue ("Un accident de voyageur à la station Georges V..."), on subodore que la RATP répugne à assumer le fait que des voyageurs soient victimes d'accidents dans le métro. Ou qu'ils s'y blessent accidentellement. Voire volontairement (tentatives de suicide). Alors, elle invente "l'accident de voyageur". Comme ça, c'est la faute à personne.

La Mission linguistique francophone rappelle donc que, partout dans le monde francophone, hélas, des personnes peuvent être impliquées dans des accidents d'avion, des accidents de train, des accidents de voiture ou de moto, des accidents de montagne, des accidents du travail, des accidents domestiques, des accidents corporels, des accidents de parcours, etc ; mais que des accidents de voyageurs, cela n'existe pas plus que des accidents de bébé.

Que devrait annoncer la RATP ? "un voyageur accidenté", bien sûr. "Un voyageur ayant été accidenté à la station Georges V, le trafic est interrompu sur la ligne 1", voilà une formulation simple et irréprochable qui ne sauvera pas le malheureux blessé... mais qui sauvera un peu notre intelligence collective de la langue.

(date de première parution : 22 octobre 2007)

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