mercredi 8 février 2017

le ministre américain des Affaires étrangères

Une fois pour toutes : cet homme n'a jamais été "le Secrétaire d'état américain" (sic) mais le ministre américain des Affaires étrangères. Big difference.

En sa qualité de Secretary of State, cet homme, John Kerry, fut statutairement le membre le plus éminent du gouvernement des États-Unis, exception faite du président et du vice-président.

Néanmoins, il existe encore dans les pays francophones des cohortes de professeurs d'histoire contemporaine, de politologues, de journalistes et de lexicographes qui le dénomment "Secrétaire d'État", en raison de la similitude d'apparence entre le groupe de mots Secretary of State et le groupe de mots secrétaire d'État. Bien entendu, ils sont imités sans discernement par ces encyclopédistes plein d'amateurisme qui régentent doctement la version française de Wikipédia en y propageant la majeure partie des bourdes ambiantes.

Ces professionnels et amateurs francophones du commentaire politique ne vont pas jusqu'à se demander si la similitude entre le groupe de mots Secretary of State et le groupe de mots secrétaire d'État ne serait pas trompeuse, puisqu'un secrétaire d'État est en français un tout petit ministre, tandis que le Secretary of State est, aux USA, le plus grand des ministres... Pire : si vous les alertez sur ce contresens de traduction qui fausse l'information, que font-ils ? Rien. Ils continuent à aller répétant que le ministre le plus éminent du gouvernement américain est un secrétaire d'État ; sans préciser au demeurant s'il est secrétaire d'État au tourisme, aux anciens combattants ou à la chasse à la palombe.

Et pour cause : un Secretary of State n'est secrétaire d'État de rien du tout. Il est ministre d'État chargé des Affaires étrangères. Hélas, tant que la fonction ubuesque de Minister of Estate of the Strange Affairs (1) n'existera pas, son titre exact lui sera refusé dans le monde francophone des traducteurs approximatifs.

Le plus dommage, c'est que John Kerry parle un français exquis, hérité de sa propre mère, et qu'il serait à même de détromper les cuistres forcenés qui se croient encyclopédistes, les profs de sciences-po emmurés dans leur routine terminologique impropre, et les journalistes fourvoyés dans le français médiatique. Tous capable de confondre, à longueur de commentaire, un éminent ministre des Affaires étrangères avec un sous-ministre de rien.

(1)  "Minister of Estate of the Strange Affairs" - juxtaposition de mots qui ressemble hâtivement à Ministre d'État des Affaires Étrangères, si l'on est aveugle et sourd aux faux amis franco-anglais - n'a aucun sens, sinon celui-ci :"ministre de la propriété des affaires étranges"... Aux USA, nous le redisons avec force, ministre d'État (chargé) des Affaires étrangères se dit Secretary of State. Et son ministère s'appelle Department of Sate, ce qui ne signifie pas "département d'État" (sic) mais ministère des Affaires étrangères.

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dimanche 5 février 2017

les accidents voyageurs de la RATP

La RATP peine à formuler en français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples.

Ainsi la RATP annonce-t-elle des accidents voyageurs (sic) ou, mieux, des accidents de voyageurs. Or, en français, quand un bébé est victime d'un accident domestique et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : "Au secours ! J'ai un accident de bébé" !

Par cette maladresse voulue ("Un accident de voyageur à la station Georges V..."), on subodore que la RATP répugne à assumer le fait que des voyageurs soient victimes d'accidents dans le métro. Ou qu'ils s'y blessent accidentellement. Voire volontairement (tentatives de suicide). Alors, elle invente "l'accident de voyageur". Comme ça, c'est la faute à personne.

La Mission linguistique francophone rappelle donc que, partout dans le monde francophone, hélas, des personnes peuvent être impliquées dans des accidents d'avion, des accidents de train, des accidents de voiture ou de moto, des accidents de montagne, des accidents du travail, des accidents domestiques, des accidents corporels, des accidents de parcours, etc ; mais que des accidents de voyageurs, cela n'existe pas plus que des accidents de bébé.

Que devrait annoncer la RATP ? "un voyageur accidenté", bien sûr. "Un voyageur ayant été accidenté à la station Georges V, le trafic est interrompu sur la ligne 1", voilà une formulation simple et irréprochable qui ne sauvera pas le malheureux blessé... mais qui sauvera un peu notre intelligence collective de la langue.

(date de première parution : 22 octobre 2007)

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