vendredi 17 mars 2017

prejudice ou préjudice ?

L'un des faux amis les plus trompeurs entre le français et l'anglais est le mot prejudice (anglais, sans accent aigu) ou préjudice (français). En anglais, your prejudice, ce sont vos préjugés. Ce sont souvent eux qui porteront préjudice et non l'inverse ! On notera que l'anglais prejudice est invariable : prejudice, ce sont les préjugés. De même, le verbe to prejudice ne signifie pas porter préjudice.

Le 16 mars 2017, l'AFP s'est engouffrée dans ce piège et a entraîné tous les médias francophones d'Europe à sa suite. Au sujet d'un décret présidentiel repoussé, la veille aux USA par un magistrat hawaïen, on nous a répété que ce décret avait été reconnu susceptible de causer "un préjudice irréparable", alors qu'il a été déclaré de nature à inscrire des préjugés (religieux, en la circonstance) de façon irrémédiable dans la législation américaine.

jeudi 2 mars 2017

ça marche !

Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle l'année 2009 s'était achevée en Europe francophone.

La Mission linguistique francophone avait constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agissait de répondre que "ça marche". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires "oui", "entendu" ou "d'accord", la tendance était désormais à répondre "ça marche". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine.

Cette vogue n'éclipsait pas encore le très international "OK", mais s'y joignait plutôt. Le couple "OK, ça marche" était même particulièrement prisé, fin 2009. Près d'une décennie plus tard, "ça marche" a fini par supplanter nettement "OK". Plus d'un locuteur sur quatre a maintenant pris le pli de remplacer "oui", "entendu" ou "d'accord" par l'incongru "ça marche". Il n'est pas rare d'entendre ajouter encore, avant ou après : "y'a pas d'souci", et éventuellement : "on fait comme ça". Qu'une telle surcharge de syllabes et de phrases toutes faites, un peu idiotes, soit devenue nécessaire pour exprimer son approbation est le signe que, sur le plan du langage, ça ne marche pas tant que ça... et qu'il y a un souci.