lundi 8 mai 2017

cas par cas et heure par heure

L'expression "au cas par cas" est une faute de français qui s'est répandue très largement depuis l'an 2000.

Dans notre langue, les choses que l'on examine l'une après l'autre se règlent cas par cas, et non "au cas par cas" (sic). Curieusement, cette faute de construction grammaticale n'affecte pas les autres locutions adverbiales construites sur le même modèle, c'est-à-dire par répétition d'un substantif autour de la préposition par. On entend toujours dire aujourd'hui, comme il convient : "marcher deux par deux", "progresser mètre par mètre", "s'informer heure par heure", "réfuter point par point" [et non "au deux par deux", "au mètre par mètre", "au point par point", "à l'heure par heure"]. Pourquoi ces locutions voisines ne subissent-elles pas la même maltraitance que "cas par cas" ? Pourquoi "au cas par cas" mais pas "à l'heure par heure" ? Ce sont les mystères du panurgisme langagier...

Une fois de plus, les altérations de la langue française contemporaine ne vont pas dans le sens d'une simplification mais d'un "suréquipement" syllabique ou lexical. Ici, il faut quatre mots pour commettre une erreur, au lieu de trois dans la formulation correcte.


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vendredi 5 mai 2017

les personnels de l'entreprise face aux publics du musée


"Les publics", "les personnels" : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.
 
Dans une sorte d'entomologie sociale de mauvais aloi, épinglant chaque sous-groupe humain selon sa spécificité, la langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains. En France, plus un musée ne reçoit du public. Tous reçoivent désormais des publics.

Cette habitude de morceler en un pluriel superflu un terme désignant un groupe composite est récente dans le secteur du tourisme et de la culture, mais déjà ancienne dans le vocabulaire de l'entreprise. C'est peu après mai 1968 que les Directeurs du personnel se sont trouvés confrontés aux revendications des personnels. Sans doute parce que ce n'étaient pas les mêmes délégués du personnel qui défendaient les intérêts des cadres et ceux des ouvriers, des fraiseurs et des comptables, etc.

Dans le cas de la culture et du tourisme, la justification avancée par les promoteurs de cette mode de l'accueil des publics est la suivante : les handicapés (pardon : "les personnes en situation de handicap") ne se confondent pas avec les valides ; et les enfants (pardon "les scolaires") sont un autre public que les adolescents, les bébés ou les adultes, eux-mêmes dignes d'être subdivisés en séniors, actifs, chômeurs, journalistes, enseignants, touristes, chercheurs, membres de comités d'entreprise, militaires ou fonctionnaires civils. Et parmi les fonctionnaires civils, n'oublions pas de distinguer le public purement composé d'employés des collectivités territoriales et le public regroupant exclusivement des membres de la fonction publique d'État... Comme si toutes ces composantes n'étaient pas unifiées par un même statut : celui de visiteur actuel ou potentiel du musée. Celui de membres du public, dans toute son inéluctable diversité.

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Illustration : en ces temps difficiles pour la Guyane, un insecte de Guyane française, d'une beauté difficilement surpassable.